Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400985

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400985
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantPARASTATIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme E, ressortissante algérienne, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 21 août 2023 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. La requérante invoquait notamment un défaut de motivation, un défaut d'examen particulier de sa situation, et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a jugé que la décision de refus était suffisamment motivée et que l'administration avait procédé à un examen complet de sa situation personnelle et familiale. En conséquence, le tribunal a estimé que le refus de séjour et la mesure d'éloignement n'étaient entachés d'aucune illégalité et a rejeté l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 janvier et 7 mars 2024, Mme B E, née D, représentée par Me Parastatis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de forme tiré d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de consultation de la commission du titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par une ordonnance du 3 avril 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Un mémoire en défense, présenté par le préfet du Val d'Oise, a été enregistré le 18 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Mme E, née D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ausseil,

- et les observations de Me du Rosel de Saint-Germain représentant Mme E, née D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, née D, ressortissante algérienne, née le 20 mai 1969 à Ghazaouet (Algérie), est entrée en France le 10 septembre 2010 selon ses déclarations. Elle a sollicité, le 16 mars 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par une décision du 21 août 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme E, née D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision relative au titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision de refus de délivrance du titre de séjour contestée vise les textes dont le préfet du Val-d'Oise a entendu faire l'application, notamment les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet y a également précisé les éléments de fait sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. L'arrêté précise les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français de Mme E, née D ainsi que les éléments recueillis sur sa vie privée et familiale en France et dans son pays d'origine. En conséquence, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et n'est pas entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation de la requérante.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

5. Pour refuser à Mme E, née D la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, le préfet du Val-d'Oise lui a opposé le caractère insuffisant et peu probant des justificatifs fournis pour établir sa présence au cours de l'année 2016. Si cette appréciation est contestée par la requérante qui se prévaut à la fois d'une appréciation globale des preuves de séjour dès lors que les époux E ont été expulsés de leur logement par un jugement du tribunal d'instance de Mantes-la-Jolie du 5 février 2016, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée ne produit pour l'année 2016 qu'un avis de somme à payer non réglé faisant apparaitre une dette locative, un jugement faisant état de son absence à l'audience et un avis d'impôt sur le revenu faisant état de revenus dont il n'est ni établi, ni même allégué qu'il s'agirait de revenus perçus en France par Mme E, née D. Par ailleurs, la requérante produit pour l'année 2017 un acte de décès du 23 juillet 2017 en Algérie pour M. A E et des échanges de courriers avec la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise de 2018 justifiant un refus d'aide médicale d'état lié au fait que l'intéressée percevait à compter de juillet 2017 une allocation veuvage avec une adresse en Algérie. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas sa résidence continue en France depuis plus de 10 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen de vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

6. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou sur une stipulation conventionnelle, il est loisible au préfet d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Il peut, en outre, exercer le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient, dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant le titre qu'il demande ou un autre titre, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, dont il justifierait.

7. Mme E, née D se prévaut à cet égard de l'ancienneté de son séjour en France, de son intégration professionnelle et de ses attaches familiales en France où vivent ses cinq frères et sœurs. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante, qui est veuve et sans charges de famille, serait dépourvue d'attaches familiales en Algérie. Par ailleurs, l'intégration professionnelle dont se prévaut Mme E, née D n'est attestée que par une attestation de M. C, cousine de la requérante, qui indique qu'elle aurait exercé en tant que nourrice auprès de son enfant, et par une promesse d'embauche en tant que nourrice à compter de février 2022 qui n'est complété par aucune autre preuve. Dans ces conditions, Mme E, née D ne justifie d'aucun motif exceptionnel ou considération humanitaire et n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision d'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

9. En second lieu, pour les motifs indiqués, au point 7, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur la situation de l'intéressée et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E, née D ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E, née D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, née D et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président ;

M. Ausseil, conseiller ;

Mme L'Hermine, conseillère ;

assistés de Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Ausseil

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.