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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2401110

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401110

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 19 février 2024, Mme B C représentée par Me Cabral, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 29 novembre 2023 par laquelle le conseil départemental du Val-d'Oise lui a retiré son agrément d'assistante maternelle à compter du 30 décembre 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental du Val-d'Oise de renouveler son agrément d'assistante maternelle, dans le délai de huit jours à compter de la date de notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 € par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental du Val-d'Oise une somme de 3.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée la prive d'une part substantielle de ses ressources, alors qu'elle subvient aux besoins de ses deux enfants mineurs ;

Les moyens suivants sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que les participants à la commission consultative paritaire départementale n'étaient pas habilités à siéger au sein de l'instance ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le Conseil départemental de Val-d'Oise n'a pas établi que la commission consultative paritaire départementale réunissait le quorum suffisant pour délibérer ;

- elle est entachée d'une absence de matérialité des faits, dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une disproportion au regard de la sanction prononcée à son encontre ;

- cette sanction est discriminatoire au regard du handicap de son fils A.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 février 2024, le conseil départemental du Val-d'Oise, représenté par Me Cazin, conclut :

1°) au rejet de la requête en l'absence d'urgence et de moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision ;

2°) à la mise à la charge du requérant de 2.000 euros au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 10 janvier 2024 sous le n° 2400337 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 20 février 2024 à

10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;

- les observations de Me Cabral, représentant la requérante, présente qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

- les observations de Me Benmerad, représentant le conseil départemental du Val-d'Oise, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été présentée pour Mme C le 21 février 2024.

Des notes en délibéré ont été présentées pour le conseil départemental du Val-d'Oise les 21 et 22 février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C est titulaire d'un agrément d'assistante maternelle depuis le 3 août 2021 valable jusqu'au 18 juillet 2026. Le 25 octobre 2023, le conseil départemental du Val-d'Oise l'a informée d'une saisine de la commission consultative paritaire départementale en vue du réexamen de son agrément. Le 21 novembre 2023, la commission consultative paritaire départemental a émis un avis favorable au retrait de l'agrément de l'assistante maternelle. Par une décision du 29 novembre 2023, le conseil départemental du Val-d'Oise a décidé de lui retirer son agrément d'assistante maternelle. Par la présente requête, Mme C demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de la décision attaquée.

En ce qui concerne l'urgence :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée procède à un retrait de l'agrément d'assistance maternelle de l'intéressée et non à une suspension temporaire, alors que Mme C exerce cette profession à plein temps depuis juillet 2021. Eu égard à la portée de la décision attaquée dont l'exécution implique un changement de profession et à la perte de revenus résultant directement de cette décision et à l'absence d'intervention d'un évènement qui aurait mis en danger les enfants qui lui sont confiés, l'urgence exigée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est caractérisée.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de la première phrase du troisième alinéa de l'article L. 421-6 du même code : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait ".

6. Il résulte de l'instruction que la décision de retrait d'agrément d'assistance maternelle est fondé sur trois motifs tirés de ce que l'environnement familial ne permet pas d'assurer la sécurité des enfants accueillis, de ce que son discours comporte des incohérences sur son organisation et les difficultés rencontrés avec son fils et d'un manque de communication avec les services de la protection maternelle et infantile.

7. S'agissant du motif tiré de la sécurité des enfants accueillis, le conseil départemental du Val-d'Oise s'appuie sur le fait qu'elle a porté plainte le 24 août 2023 pour des violences physiques commises à son encontre par un de ses fils. Il résulte de l'instruction que ces faits n'ont pas été commis au cours d'une période où des enfants étaient accueillis au domicile de la requérante. Le fils de la requérante concerné est depuis le 1er septembre 2023 scolarisé dans une formation en alternance de CAP de plomberie en centre de formation pour apprentis à Ermont et accomplit un cycle de 3 semaines en entreprise et d'une semaine en lycée professionnel. S'il rentre tous les soirs au domicile de Mme C, il ressort de l'évaluation réalisée le 3 février 2022 par le conseil départemental à l'occasion d'un accord donné à une extension de l'agrément à un 3ème enfant que la rubrique " caractéristiques de l'habitat " précise que la chambre de A est inaccessible aux enfants et est desservie par un couloir spécifique qui ne nécessite pas d'emprunter le double salon réservé à l'accueil des enfants. Eu égard aux caractéristiques du logement de l'intéressée, aux témoignages des parents des 3 enfants accueillis qui indiquent que l'accueil de leur enfant était réalisé dans des conditions de sécurité et à l'absence de tout incident avec le fils de l'intéressée pendant le temps d'accueil, le motif tiré de ce que l'environnement familial ne permet pas d'assurer la sécurité des enfants accueillis n'est pas fondé.

8. Il résulte de l'instruction que le motif tiré de ce que son discours comporte des incohérences sur son organisation et les difficultés rencontrés avec son fils manque en fait dès lors qu'à la rentrée scolaire de l'année 2023-2024, cette organisation a été modifiée en raison de ce que son fils n'est plus scolarisé en internat et accomplit une formation en alternance à Ermont.

9. Il résulte de l'instruction que le motif tiré d'un manque de communication avec les services de la protection maternelle et infantile n'est pas établi, alors que le conseil départemental a réexaminé les conditions d'accueil des enfants les 11 février et 28 avril 2022 à l'occasion d'une extension de l'agrément à un accueil de 3 puis 4 enfants et qu'aucune disposition s'impose aux assistantes maternelles d' informer spontanément l'administration de l'évolution des relations avec leurs propres enfants.

10. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le conseil départemental du Val d'Oise a commis une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

11. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de la décision du 29 novembre 2023 par laquelle le conseil départemental du Val-d'Oise a retiré à Mme C son agrément d'assistante maternelle est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions en injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

13. Eu égard à ses motifs, la présente ordonnance implique nécessairement la délivrance à Mme B C d'un agrément provisoire nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel prévu à l'article L. 421-3 du code ode de l'action sociale et des familles. Il y a lieu d'ordonner au président du conseil départemental du Val-d'Oise de délivrer à Mme B C un agrément provisoire pour exercer la profession d'assistant maternel prévoyant les mêmes conditions que celui délivré le 28 avril 2022 valable jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête au fond.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

15. Ces dispositions font obstacle aux conclusions du conseil départemental du Val-d'Oise dirigées contre la requérante qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du conseil départemental du Val-d'Oise, la somme de 700 euros au titre des frais liés à l'instance exposés par Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 29 novembre 2023 par laquelle le conseil départemental du Val-d'Oise a retiré à Mme C son agrément d'assistante maternelle est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : Il est ordonné au président du conseil départemental du Val-d'Oise de délivrer à Mme B C un agrément provisoire pour exercer la profession d'assistant maternel prévoyant les mêmes conditions que celui délivré le 28 avril 2022 valable jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête au fond.

Article 3 : Le conseil départemental du Val-d'Oise versera à Mme C la somme de 700 euros au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions du conseil départemental présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au conseil départemental du Val-d Oise.

Fait à Cergy le 22 février 2024.

Le juge des référés,

signé

G. Thobaty

La République mande au préfet du Val-d'Oise mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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