Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401115

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme C, ressortissante algérienne, qui contestait le refus de titre de séjour pour raisons médicales et l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet du Val-d'Oise. La juridiction a estimé que la décision de refus était suffisamment motivée et que la procédure d'avis médical de l'OFII était régulière, écartant les vices de procédure allégués. Elle a jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur de droit en appliquant l'article 6.7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et que la décision ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Par conséquent, les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et celles relatives aux frais d'instance ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 25 janvier et 28 mars 2024, Mme A C, représentée par Me Chartier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté par lequel le préfet du Val d'Oise du 8 juin 2023 lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou un certificat de résidence temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence :

- elle est insuffisamment motivée et dépourvue d'un examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée de vices de procédure dès lors qu'à défaut pour le préfet de produire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le tribunal n'est pas en mesure de vérifier la régularité de la procédure suivie devant l'OFII et que l'avis du collège de médecins de l'OFII est irrégulier faute de pouvoir vérifier l'existence et les mentions du rapport du médecin de l'OFII, sa transmission au collège des médecins pour avis et la compétence du médecin ayant rédigé le rapport médical, ainsi que de vérifier si ce médecin n'a pas siégé au collège de l'office ; faute également de pouvoir justifier de l'authenticité de la signature des médecins ayant siégé au collège ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article 6.7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence ;

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beauvironnet,

- et les observations de Me Moharami Moakhar, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née le 5 juin 1986 à Azazga (Algérie) est entrée régulièrement sur le territoire français le 17 mai 2022. Elle a sollicité, le 2 novembre 2022, son admission au séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement des stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franço-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par la présente requête, elle demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le certificat de résidence sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité.

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, pris au visa des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié dont il fait application, ainsi que des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'arrêté attaqué mentionne les faits qui en constituent le fondement. Il indique ainsi les motifs pour lesquels la requérante ne remplit pas les conditions d'une admission au séjour, ni sur le fondement de l'article 6.7) de l'accord précité, ni sur celui de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni dans le cadre du pouvoir de régularisation détenu sans texte par le préfet. Cet arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée, laquelle est, par suite, suffisamment motivée. En outre, il ressort de cette motivation que le préfet s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Le moyen, qui n'est pas fondé, pourra donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". L'article R. 425-13 du même code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".

5. Il résulte de ces dispositions, dont les garanties qu'elles prévoient sont applicables aux ressortissants algériens, que la régularité de la procédure implique que les documents soumis à l'appréciation du préfet comportent l'avis du collège de médecins et soient établis de manière telle que, lorsqu'il statue sur la demande de titre de séjour, le préfet puisse vérifier que l'avis au regard duquel il se prononce a bien été rendu par un collège de médecins conformément aux dispositions réglementaires précités.

6. Il ressort des pièces transmises par le préfet qu'un rapport médical a été établi à la suite de la demande de certificat de résidence présentée par Mme C. Ce rapport a été transmis au collège de médecins du service médical de l'OFII. Conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un avis a été émis, le 13 janvier 2023, soit préalablement à l'édiction de la décision attaquée, par un collège de médecins de l'OFII composé de trois médecins, le médecin rapporteur n'en faisant pas partie et a été produit par le préfet du Val-d'Oise. Le nom de chacun de ces médecins figure sur la liste annexée à la décision du 17 janvier 2017 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration telle que modifiée par une décision du 3 octobre 2022, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur, attestant ainsi de leur compétence Ledit avis précise, conformément aux exigences de l'article 6 de l'arrêté précité, que l'état de santé de la demandeuse nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié. Enfin, si Mme C soutient que les signatures des trois médecins composant le collège de médecins de l'OFII ayant rendu son avis présenteraient un caractère irrégulier, en particulier que le procédé de signature électronique utilisé méconnaîtrait le référentiel général de sécurité, elle ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, qui renvoient au I de l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives, dès lors que l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII n'est pas au nombre des actes relevant du champ d'application de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, dont les exigences ne s'imposent qu'aux décisions administratives. En tout état de cause, il ne ressort pas de l'avis du 13 janvier 2023 concerné que les signatures des médecins du collège y aient été apposées de manière électronique et la requérante n'apporte aucun élément de nature à mettre en doute leur authenticité. Par suite, le moyens tirés des vices de procédure et de forme qui entacheraient l'avis des médecins du collège de l'OFII doivent être écartés.

7. En troisième lieu, il ne ressort, ni de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet, qui dispose d'un pouvoir d'appréciation, se serait senti lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit sera écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : / () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

9. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

10. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

11. En l'espèce, le collège de médecins de l'OFII a estimé, dans son avis rendu le 13 janvier 2023, que l'état de santé de Mme C, qui souffre d'une sclérose en plaques récurrente rémittente et d'un syndrome dépressif d'intensité majeure, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et au système de santé algériens, l'intéressée pourrait effectivement y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé. La requérante, qui conteste cet avis dont le préfet du Val-d'Oise s'est approprié le sens, soutient qu'elle ne pourra bénéficier en Algérie d'un traitement approprié à son état de santé en raison des évènements traumatiques qu'elle y a vécu, son statut de femme célibataire en situation de handicap l'ayant exposée, dans ce pays, à de nombreuses violences et discriminations. Toutefois, par la production de deux articles de la commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada datés du 13 aout 2015 et de juillet 2022, d'un rapport de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 11 avril 2016 relatifs à la situation des femmes célibataires en Algérie, d'une attestation de suivi établie par sa psychologue le 7 novembre 2022 faisant état " d'un vécu traumatique en Algérie " et du " stress vécu dans son pays d'origine ", d'une attestation rédigée par son frère relevant qu'elle " a développé plusieurs troubles psychiatriques en Algérie, principalement liés à son environnement familial et social ", ainsi que de deux certificats médicaux établis le 21 décembre 2022 et le 12 juin 2023 par un psychiatre de ville qui n'est pas spécialisé en victimologie, au surplus dont l'un est postérieur à la décision attaquée, la requérante ne justifie ni les discriminations systémiques dont elle se plaint ni le lien entre ses pathologies et les discriminations invoquées. Par suite, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié doit, dès lors, être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()."

13. Mme C fait état, d'une part, de son intégration au sein de la société française, d'autre part, de la présence sur le territoire français de son frère, de nationalité française et, enfin, de son impossibilité de mener une vie privée et familiale normale en Algérie en raison de son statut de femme célibataire en situation de handicap. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante n'est entrée que récemment sur le territoire français. Par ailleurs, elle est célibataire, elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans et où résident ses parents, ainsi que la majeure partie de sa fratrie. Par suite, compte tenu de ce qui a été dit au point 11 en l'absence de circonstance faisant obstacle à la possibilité de mener une vie familiale normale en Algérie, la décision attaquée ne méconnait pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, la décision de refus délivrance du certificat de résidence sollicité n'étant pas entaché d'illégalité, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français du fait de cette illégalité pourra être écarté.

15. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise. Celui-ci a reçu délégation de signature prise par arrêté préfectoral n°21 du 22 février 2023 publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial à l'effet de signer, au nom du préfet, les actes relatifs aux titres de séjours, à toute obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire et toute décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

17. Toutefois, ainsi qu'il l'a été dit, s'il est constant que l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, en revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, elle ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doit être écarté.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant articulé contre la décision d'éloignement, laquelle ne fixe pas par elle-même de pays de destination. Le moyen doit donc être écarté.

20. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, pour les mêmes motifs que ceux développés précédemment, s'agissant de la décision de refus de délivrance du certificat de résidence.

21. En sixième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

22. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision fixant le pays de destination du fait de cette illégalité doit être écarté.

23. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination mentionne les dispositions des articles L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient que la décision portant obligation de quitter le territoire français " fixe le pays à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ", celles de l'article L. 721-4 du même code et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, elle mentionne la nationalité de l'intéressée. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'un défaut de motivation que le préfet a fixé le pays à destination duquel Mme C pourra être reconduite d'office.

24. En troisième lieu, la requérante, qui se contente d'invoquer les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et compte tenu de ce qui a été dit au point 11, ne démontre pas qu'elle serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, en l'absence de tout autre élément particulier invoqué tenant à cette décision, être écarté par les mêmes motifs que ceux développés précédemment, s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

25. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Zaccaron Guérin, première conseillère,

Mme Beauvironnet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

E. Beauvironnet

La présidente,

signé

S. Edert Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.