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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2401150

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401150

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHAJJI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2024, Mme B C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a retiré son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois ;

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 29 décembre 2023 portant retrait de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'arrêté du 29 décembre 2023 portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robert comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 janvier 2024 :

- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;

- les observations de Me Bougataya, substituant Me Hajji, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise, en outre, que Mme C est suivie pour des pathologies psychiatriques nécessitant son maintien sur le territoire français et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- les observations de Mme C ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante tunisienne née le 7 juin 1972, déclare être entrée en France en 1973. Titulaire d'une carte de résident valable du 7 juin 2018 au 6 juin 2028, l'intéressée a été condamnée le 10 juin 2020 par le tribunal judiciaire de Beauvais à une amende de 300 euros pour des faits d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public, puis condamnée le 19 octobre 2022 par le tribunal judiciaire d'Auxerre à une peine d'emprisonnement de 18 mois, dont 10 mois avec sursis, pour des faits d'apologie publique d'un acte de terrorisme, de menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un magistrat ou juré, ainsi que d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public en récidive. Par un premier arrêté daté du 29 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a retiré son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un second arrêté daté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assignée à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de ces deux arrêtés qui lui ont été notifiés par voie administrative le 24 janvier 2023.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence () / (), lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".

3. L'obligation de quitter le territoire français adoptée à l'encontre de Mme C est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il doit être statué sur la décision relative au séjour l'accompagnant dans les conditions prévues à l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à la sous-section 1 de la section 2 du chapitre VI du titre VII du livre VII du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de renvoyer, à une formation collégiale du tribunal, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant retrait de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 29 décembre 2023 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de renvoi et prononce une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

4. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. L'arrêté attaqué mentionne les textes sur lesquels reposent ses décisions. Par ailleurs, il comporte des motifs de fait, non stéréotypés, rappelant l'identité, la nationalité et les conditions d'entrée sur le territoire français ainsi que la situation administrative, personnelle et familiale de Mme C. En outre, il mentionne les motifs pour lesquels le préfet a retiré son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Au surplus, l'exigence de motivation n'implique pas que l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de la requérante. Dès lors, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme C.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Mme C soutient qu'elle réside en France depuis 1973, que ses quatre enfants y résident également, qu'elle est suivie pour des pathologies psychiatriques nécessitant son maintien sur le territoire français et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C a été condamnée le 10 juin 2020 par le tribunal judiciaire de Beauvais à une amende de 300 euros pour des faits d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public, puis condamnée le 19 octobre 2022 par le tribunal judiciaire d'Auxerre à une peine d'emprisonnement de 18 mois, dont 10 mois avec sursis, pour des faits d'apologie publique d'un acte de terrorisme (commis le 22 mars 2022 au sujet de l'assassinat de M. D A et le 24 juin 2022 au sujet des attentats dits F et du Bataclan), de menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un magistrat ou juré (commis le 22 juin 2022) et d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public en récidive (commis le 19 août 2022). En outre, si elle soutient qu'elle fait l'objet d'un suivi psychiatrique en raison d'une dépression chronique, il ressort des motifs du jugement du 19 octobre 2022 qu'elle est responsable de ses actes, qu'elle " affichait un discours de victimisation similaire à celui de son fils ", lequel fait l'objet d'une réclusion criminelle pour des faits d'association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, qu'elle est " dans l'incapacité de se remettre en cause " et que " le psychiatre conclut à un risque de récidive présent ". Dans ces conditions, eu égard au caractère récent, à la gravité de ces faits, notamment ceux d'apologie publique d'un acte de terrorisme commis à deux reprises, et au risque de récidive, la présence en France de Mme C constitue une menace pour l'ordre public. Au demeurant, il n'est pas établi que son suivi psychiatrique ne pourrait pas être poursuivi dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et des déclarations de Mme C lors de l'audience, que ses quatre enfants sont majeurs. En outre, la requérante ne justifie ni d'une insertion professionnelle, ni d'une particulière intégration au sein de la société française. Enfin, Mme C n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels sa décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes de l'article 1er de la même convention : " Au sens de la présente Convention, un enfant s'entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable ".

10. Il ressort des pièces du dossier, et des déclarations de Mme C lors de l'audience, que ses quatre enfants sont majeurs. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écartés.

En ce qui concerne l'arrêté du 29 décembre 2023 portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

12. L'arrêté attaqué mentionne les textes sur lesquels reposent ses décisions. Par ailleurs, il comporte des motifs de fait, non stéréotypés, rappelant l'identité, la nationalité et les conditions d'entrée sur le territoire français ainsi que la situation administrative, personnelle et familiale de Mme C. En outre, il mentionne les motifs pour lesquels le préfet l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois. Au surplus, l'exigence de motivation n'implique pas que l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de la requérante. Dès lors, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme C.

14. En troisième lieu, ainsi qu'il a été exposé au point 8, la présence en France de Mme C constitue une menace pour l'ordre public. En outre, l'intéressé réside à Clichy et ne fait état d'aucune circonstance propre à sa situation qui permettrait d'estimer que la mesure d'assignation à résidence dans ce département prise à son encontre avec obligation d'être présente à son domicile le vendredi de 19h à 20h et le samedi de 8 à 10h, ainsi que de se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi, sauf les jours fériés, à 10h00 au commissariat de Clichy présenterait un caractère disproportionné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de Mme C dirigées contre la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 29 décembre 2023 portant retrait de son titre de séjour sont renvoyées à une formation collégiale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le magistrat désigné,

signé

D. Robert Le greffier,

signé

M. E La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24011502

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