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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2401232

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401232

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET DUCLOS KUBISZYN WYSTUP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête, enregistrée le 28 janvier 2024, Mme D C, représentée par Me Wystup, avocate désignée d'office, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite.

Elle soutient que l'arrêté attaqué :

- est insuffisamment motivé et procède d'un examen insuffisant de sa situation ;

- est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait le principe du respect des droits de la défense.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et se borne à communiquer les pièces constitutives du dossier.

II - Par une requête, enregistrée le 11 février 2024, Mme A C, représentée par Me Wystup, avocate désignée d'office, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite.

Elle soutient que l'arrêté attaqué :

- est insuffisamment motivé ;

- procède d'un examen insuffisant de sa situation ;

- est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait le principe du respect des droits de la défense.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et se borne à communiquer les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article

R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 février 2024 :

- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;

- les observations de Me Wystup, avocate désignée d'office, représentant Mme D C et Mme A C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et invoque, dans les deux requêtes, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions en litige et de la méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile, et dans la requête n°2401232 concernant Mme D C, le moyen de l'erreur de fait tiré de ce que la requérante est identifiée à travers l'arrêté du 12 janvier 2024 comme M. C ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C et Mme A C, ressortissantes vénézuéliennes nées respectivement le 2 octobre 1962 et le 21 août 2000, sont entrées en France le 27 novembre 2022 et ont sollicité l'asile le 29 décembre de la même année. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions du 26 avril 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile, en date du 2 novembre 2023, notifiées le 16 novembre 2023. Par un arrêté du 12 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise a obligé Mme D C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. Par un second arrêté du même jour, le préfet du Val-d'Oise a obligé Mme A C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. Mme D C et Mme A C demandent l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2401232 et n°2401983 présentées pour Mme D C et Mme A C sont relatives à la situation d'une mère et de sa fille, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les arrêtés contestés ont été signés par Mme F B, adjointe à la cheffe du bureau de l'intégration et des naturalisations de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de ce département à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire, et fixant le pays d'éloignement, en cas d'empêchement de l'adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, consentie par l'arrêté n°23-014 du 22 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes du 1er alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

5. Les décisions faisant obligation aux requérantes de quitter le territoire français visent les dispositions légales sur lesquelles elles se fondent, notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet mentionne également les éléments de fait propres aux situations personnelles de Mme D C et Mme A C en indiquant que leurs demandes d'asile, déposées le 29 décembre 2022, ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 avril 2023, notifiées le 3 mai 2023, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 2 novembre 2023, notifiées le 16 novembre 2023. Enfin, les décisions mentionnent que les deux requérantes sont célibataires et n'établissent pas être dépourvues d'attaches familiales dans leur pays d'origine. Les décisions en litige sont donc suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des arrêtés en litige doit être écarté.

6. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient Mme D C, l'identification erronée figurant à travers l'arrêté du 12 janvier 2024, la caractérisant comme M. C, relève de l'erreur matérielle et non de l'erreur de fait, dès lors que l'ensemble des autres éléments d'identification qui la concernent, tels que sa date de naissance, son lieu de naissance, sa nationalité, ainsi que les éléments relatifs à sa situation administrative, tels que les dates des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile, sont exacts et non contestés. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de fait ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, en particulier des éléments de motivation de la décision en litige, tels qu'ils ont été rappelés au point 5 du présent jugement, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen circonstancié des situations personnelles respectives de Mme D et de Mme A C. Le moyen tiré du défaut d'examen de ces situations ne peut donc qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, et qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause

9. Mme D C et Mme A C soutiennent que les arrêtés contestés méconnaissent le principe du respect des droits de la défense et portent atteinte à leur droit d'être entendue garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'elles n'ont pas été mises à même de présenter des observations préalables. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les requérantes ont eu la possibilité, dans le cadre de l'instruction de leurs demandes d'asile, de porter à la connaissance de l'administration et des instances chargées de l'asile l'ensemble des informations relatives à leur situation personnelle dont elles souhaitaient se prévaloir. Par ailleurs, il n'est pas établi ni même allégué que les intéressées auraient sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elles auraient été empêchées de présenter leurs observations ou de communiquer des informations utiles tenant notamment à leur situation personnelle avant que ne soit prise les mesures d'éloignement et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles de faire obstacle à ces décisions. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. " Enfin, aux termes de l'article R. 532-57 du code précité : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. "

11. Les requérantes, dont les demandes d'asile ont été rejetées par des décisions du 26 avril 2023 de l'OFPRA, confirmées par des décisions de la CNDA le 2 novembre 2023, notifiées le 16 novembre 2023, ainsi qu'il ressort des relevés " TelemOfpra " produits par le préfet du Val-d'Oise, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français dès le 2 novembre 2023, en application des dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en dépit de la circonstance qu'elles auraient exercé un recours en cassation contre la décision de la CNDA rejetant leur demande d'asile, lequel est sans incidence sur le droit des intéressées au maintien sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de Mme D C et de Mme A C ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme D C et de Mme A C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Mme A C et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. Charlery La greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401232 et 2401983

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