mardi 27 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2401301 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BEN REHOUMA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 janvier et 15 février 2024, Mme A B, représentée par Me Inès Ben Rehouma, demande au tribunal :
1) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités italiennes ;
3) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile sous huit jours, et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans les 8 jours suivant la notification du présent jugement ;
4) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve, pour celle-ci, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle
Elle soutient que :
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article 17 du règlement UE n°604/2013, ainsi que l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles 4 et 18 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne et l'article 33 de la convention de Genève, car il n'a pas été tenu compte de sa vulnérabilité et de celle de ses enfants ;
Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement UE n° 604/2013 du Parlement et du Conseil, du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bories, premier conseiller, en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 février 2024, en l'absence du préfet du Val d'Oise ou de son représentant :
- le rapport de M. Bories, magistrat désigné,
- les observations de Me Ben Rehouma, en l'absence de sa cliente, qui reprend ses conclusions et moyens ;
La clôture de l'instruction a été reportée, lors de l'audience, au lundi 19 février 2024 à 12H.
Vu la note en délibéré produite le lundi 19 février 2024 pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante turque d'origine kurde née le 15 janvier 1984, a sollicité le bénéfice de l'asile en France le 13 décembre 2023. La consultation du fichier Eurodac a révélé que ses empreintes avaient été relevées par les autorités croates le 11 novembre 2023. Les autorités croates ont répondu explicitement et favorablement le 28 décembre 2023 à la demande de reprise en charge formulée par les services de la préfecture. Par un arrêté en date du 22 janvier 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a décidé de transférer l'intéressée aux autorités croates.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ()". La faculté laissée par ces dispositions à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B est entrée en France en décembre 2023 avec ses enfants, pour y rejoindre son mari, demandeur d'asile débouté, ainsi que d'autres membres de sa fratrie disposant de titres de séjour. Elle présente une échographie de fin de premier trimestre attestant de sa grossesse, et surtout, elle était absente le jour de l'audience car elle assistait son fils malade à l'hôpital de Gonesse où il avait été hospitalisé pendant 10 jours " pour une maladie de la peau et des muqueuses " nécessitant une prise en charge conjointe entre le service de pédiatrie et celui d'ophtalmologie ; le certificat médical très circonstancié du 16 février 2024, produit postérieurement à l'audience, à l'occasion d'un report de clôture, précise que le fils de la requérante " a besoin de poursuivre son séjour en France ", pour le traitement envisagé ; cette situation médicale, révélée postérieurement, existait à la date de l'arrêté de transfert.
5. Pour ces différentes raisons, auxquelles s'ajoute la circonstance que la requérante a toute sa famille en France et n'a personne en Croatie, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation, en ne lui octroyant pas le bénéfice de la clause dérogatoire ; dans ces circonstances très particulières, Mme B est fondée à soutenir que le refus des autorités françaises de se déclarer compétentes pour examiner sa demande d'asile à titre dérogatoire, est illégal, et partant, à conclure à l'annulation de l'arrêté de transfert du 22 janvier 2024, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif de l'annulation de l'arrêté attaqué, et sous réserve de changement dans les circonstances de fait ou de droit, le présent jugement implique nécessairement que les autorités françaises soient responsables de l'examen de la demande d'asile de Mme A B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de statuer à nouveau sur le cas de Mme A B en la munissant de l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais du litige :
7. Mme B ayant été admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate, Me Ben Rehouma, peut en principe se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Mais dans les circonstances de l'espèce et dans la mesure où le préfet du Val d'Oise n'avait pas eu connaissance de l'état de santé du fils de Mme B à la date de l'arrêté de transfert, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme qui lui est réclamée.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 22 janvier 2024 portant transfert de M. B aux autorités croates, est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme A B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 27 février 2024.
Le magistrat désigné,
signé
A. Bories Le greffier,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026