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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2401463

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401463

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDUMAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 janvier 2024, M. E, représenté par Me Wystup, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an :

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté dans sa totalité :

- il est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'examen sérieux ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit les pièces relatives au dossier du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 mars 2024 :

- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;

- les observations de Me Wystrup, avocate désignée d'office représentant M. E, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que la décision en litige méconnait les stipulations de l'article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3-1 de la convention internationale des ; Me Wystrup sollicite également son admission à l'aide provisoire juridictionnelle ainsi que la mise à la charge de l'Etat de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant ukrainien né le 29 avril 1991, est entré sur le territoire français il y a six ans muni d'un visa court séjour selon ses déclarations. Par un arrêté du 29 janvier 2024, dont M. E demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-078 du 4 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le 19 décembre 2023, Mme B A, cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, a reçu délégation à l'effet de signer l'ensemble des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, particulièrement au regard de la motivation énoncée ci-dessus, que le préfet des Hauts-de-Seine aurait procédé à un examen insuffisant de la situation du requérant. Il suit de là que le moyen tiré d'un tel défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit notamment accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. En l'espèce, M. E fait valoir qu'il est présent sur le territoire depuis six ans et que son épouse et ses deux enfants, qui sont à sa charge, résident aussi en France. Toutefois, M. E ne produit aucune pièce tendant à établir la réalité de ses allégations et n'établit pas avoir tissée en France des liens personnels intenses et stables sur le territoire français ni qu'il assurerait l'entretien et l'éducation de ses enfants en France, alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans au moins. Enfin, l'intéressé ne conteste pas les termes de l'arrêté attaqué selon lesquels il n'a jamais effectué de démarches tendant à la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. E soutient qu'en cas de retour en Ukraine, il serait exposé à un niveau de violence d'une grande intensité, eu égard au conflit qui s'y déroule depuis février 2022. Toutefois, si la situation sécuritaire prévalant actuellement en Ukraine se caractérise par un niveau significatif de violence, l'ensemble du territoire ne présente pas une situation de violence aveugle d'intensité exceptionnelle, celle-ci est marquée par des disparités régionales en terme d'étendue ou de niveau de violence ainsi que d'impact sur les populations civiles. A cet égard, le requérant n'indique pas la région d'Ukraine que le centre de ses intérêts le conduirait à rejoindre en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, il ne justifie pas en quoi il serait personnellement et actuellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, seulement opérant à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E aux fins d'annulation de l'arrêté du 29 janvier 2024 du préfet des Hauts-de-Seine doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions relatives aux frais du litige et celles relatives à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

D E C I D E :

Article 1er :M. E n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 :La requête de M. E est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024

Le magistrat désigné,

signé

F. Beaufaÿs La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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