Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401485

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 28 décembre 2023 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation. Il a également jugé que les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 435-1, L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant n'étaient pas fondés. En conséquence, le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de M. B, y compris celles relatives à l'injonction et aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 15 février 2024, M. A B, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans le délai de sept jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de fait quant à sa date d'entrée sur le territoire français, à sa contribution à l'entretien et à l'éducation de sa fille et à l'existence d'attaches dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- le jugement n° 2105325 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 8 juin 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, rapporteure ;

- les observations de Me Veillat, substituant Me Monconduit, représentant M. B.

Une note en délibéré, enregistrée le 4 septembre 2024, a été présentée pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 2 août 1989, est entré sur le territoire français le 4 juillet 2014, selon ses déclarations. Par un arrêté du 19 avril 2021, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Cet arrêté a été annulé par un jugement n°2105325 du 8 juin 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de céans ayant enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de M. B. Suite à ce réexamen, par un arrêté du 28 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance avant de prendre l'arrêté contesté du 28 décembre 2023.

4. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'État ".

5. M. B soutient qu'il est entré en France au cours de l'année 2003 à l'âge de 13 ans, y a été scolarisé et y séjourne de manière habituelle depuis cette date et que le préfet ne pouvait lui refuser le titre de séjour litigieux sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, la continuité du séjour en France du requérant depuis cette date n'est pas justifiée. Il ressort en effet des pièces du dossier, notamment des déclarations de l'intéressé lui-même qu'il est retourné au Maroc en mars 2014, qu'il s'y est marié et est entré en France, en dernier lieu, le 4 juillet 2014. Ainsi, M. B ne justifie pas la continuité de son séjour en France depuis 10 ans à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ()".

7. M. B soutient qu'il réside en France depuis l'année 2003, qu'il a été scolarisé au collège Claude Monet d'Argenteuil de 2003 à 2007 puis au lycée de Bezons de 2007 à 2009 où il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle de fonderie, qu'il est dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine dès lors que sa mère est décédée et que son père de nationalité espagnole, avec lequel il n'entretient aucun lien, réside en Espagne, que son frère et sa sœur résident sur le territoire français, qu'il est père d'une enfant française née le 26 février 2015, qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de sa fille malgré les relations conflictuelles qu'il entretient avec son ex-épouse. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré, en dernier lieu, en France le 4 juillet 2014. Par ailleurs, si M. B est le père d'une enfant française, il ressort néanmoins des pièces du dossier, et notamment du jugement rendu le 9 juin 2020 par le tribunal judiciaire de Bobigny prononçant son divorce, qu'il a été privé de l'exercice de l'autorité parentale. En outre, si par ce jugement, l'intéressé conserve le droit de subvenir à l'entretien et à l'éducation de sa fille, et que la contribution mensuelle à son entretien et à son éducation a été fixée à 100 euros, il n'établit pas avoir contribué effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant au titre des années 2021 et 2022. De plus, les pièces versées au dossier ne permettent pas de justifier de l'intensité de ses liens avec sa fille. Par ailleurs, le requérant ne démontre pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. En outre, il ne justifie d'aucune insertion au sein de la société française. Enfin, il est défavorablement connu des services de police et de justice, ayant fait l'objet de plusieurs condamnations entre 2009 et 2018. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté à la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et des dispositions précitées doivent être écartés.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, M. B ne justifie pas que son admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code précité et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. M. B n'apportant pas, par les pièces versées au dossier, la preuve qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de son enfant mineure, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

12. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée, d'une part, d'erreurs de fait quant à sa date d'entrée sur le territoire français, à sa contribution à l'entretien et à l'éducation de sa fille et à l'existence d'attaches dans son pays d'origine et, d'autre part, d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la menace à l'ordre public.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de cette illégalité dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () "

15. M. B n'établissant pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant, à la date d'édiction de la décision en litige, comme il a été dit au point 7 du présent jugement, ne peut valablement se prévaloir de ces dispositions. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7, 9, 11 et 12, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation quant à la menace à l'ordre public ne peuvent qu'être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par suite, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

18. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 décembre 2023

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

20. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais liés à cette instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Jacquinot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Saïh

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.