Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401596
mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2401596 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 2 février 2024, le 24 mai 2024 et le 30 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Hamot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ", ou subsidiairement de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et de droit dès lors qu'elle n'a pas détourné l'objet du visa long séjour délivré ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du titre III de l'accord franco-algérien et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'aucune disposition du code ni aucune stipulation de l'accord franco-algérien n'impose que la formation dans laquelle un ressortissant algérien est inscrit bénéficie d'une " certification " ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur l'absence de formation diplômante ;
- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu prévu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- elles seront annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;
- elles seront annulées pour les mêmes motifs que la décision portant refus de séjour ;
- elles sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle sera annulée pour les mêmes motifs que la décision portant refus de séjour.
Le préfet du Val-d'Oise a présenté des pièces qui ont été enregistrées le 13 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Richard, rapporteure,
- et les observations de Me Hamot, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 15 avril 1990, est entrée en France le 27 septembre 2022 munie d'un visa long séjour " étudiant ". Elle a sollicité, le 26 octobre 2022, la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " sur le fondement du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 20 décembre 2023, dont elle demande au tribunal l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ".
3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise a refusé la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " à Mme A sur le fondement des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, aux motifs que la requérante ne justifie pas du suivi d'une formation diplômante dès lors que la formation d'attaché de recherche clinique qu'elle a suivie au cours de l'année 2022-2023 ne figure pas sur la plateforme France compétences qui recense les certifications, et qu'elle a détourné l'objet d'un visa long séjour délivré dès lors qu'elle n'a pas suivi la formation dispensée par l'ICN Business School qu'elle avait déclaré vouloir suivre lors de sa demande de visa long séjour.
4. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France le 27 septembre 2022 pour y poursuivre ses études et s'est inscrite à la formation d'attaché de recherche clinique dispensée par l'Ecole Sup Santé, pour laquelle elle a obtenu un diplôme le 19 octobre 2023, et s'est ensuite inscrite à l'université Paris Cité pour un DIU " Chef de projet en recherche clinique " au titre de l'année 2023-2024. Par suite, en refusant à Mme A la délivrance d'un certificat de résidence algérien " étudiant " au motif que la formation à laquelle était inscrite l'intéressée au sein de l'Ecole Sup Santé, établissement privé d'enseignement supérieur français, ne faisait l'objet d'aucune certification, sans apprécier la réalité et le sérieux des études poursuivies par celle-ci, et alors que les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord-franco-algérien du 27 décembre 1968 ne subordonnent pas la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " à l'inscription d'un étranger qui sollicite un tel titre dans un établissement délivrant des certifications ou des diplômes reconnus par l'Etat, le préfet du Val-d'Oise a ajouté des conditions non prévues par les stipulations précitées de l'accord franco-algérien.
5. D'autre part, et dès lors, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que Mme A a suivi une formation supérieure à son entrée en France le 27 septembre 2022 pour laquelle elle a obtenu un diplôme le 19 octobre 2023 et que, par ailleurs, cette formation s'inscrivait dans le cadre de son projet professionnel, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée aurait détourné l'objet du visa long séjour " étudiant " qui lui a été délivré le 19 septembre 2022.
6. Il s'ensuit que la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé à Mme A la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi, lesquelles sont dépourvues de base légale.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation, et dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'à la date du présent jugement, en dépit des démarches engagées en ce sens, Mme A ne justifie d'aucune inscription, ou pré-inscription, auprès d'un établissement d'enseignement supérieur, celui-ci implique seulement, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet du Val-d'Oise, ou que le préfet territorialement compétent, réexamine la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et lui délivre pendant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé délivrer à Mme A un certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder au réexamen de la situation de Mme A et de lui délivrer pendant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
M. Viain, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
A. RICHARD
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401596