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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2401677

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401677

vendredi 23 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVRIONI

Texte intégral

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robert pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;

- les observations de Me Vrioni, avocate désignée d'office, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme B ;

- le préfet du Val d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante turque née le 1er janvier 1995, a introduit une demande d'asile en France le 20 novembre 2023. La consultation du fichier " Enrodac " a révélé que l'intéressée avait déjà sollicité l'asile auprès des autorités croates le 16 octobre 2023. Une demande de reprise en charge a alors été adressée le 22 novembre 2023 aux autorités croates, qui l'ont acceptée explicitement le 6 décembre 2023. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté en date du 23 janvier 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise a ordonné son transfert aux autorités croates responsables de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié d'un entretien individuel réalisé à la préfecture du Val-d'Oise le 20 novembre 2023. Le résumé de cet entretien, versé au dossier par le préfet du Val-d'Oise et sur lequel est apposée la signature de Mme B, mentionne que l'entretien a été mené par un " agent qualifié de la préfecture ", qui a revêtu le document de ses initiales, ce qui est suffisant pour établir que l'entretien a été mené par une personne qualifiée au sens du droit national. En outre, cet entretien a été conduit en langue turque, langue que l'intéressée a déclaré comprendre, avec le concours d'un interprète dans cette langue, mandaté par l'association ISM interprétariat, organisme agréé. Enfin, Mme B, qui a signé le résumé de cet entretien, n'apporte aucun élément justifiant qu'elle n'aurait pas compris le contenu des brochures ou qu'elle n'aurait pas eu la possibilité de décrire sa situation personnelle. Par suite, Mme B ne peut soutenir qu'elle a été privée d'une garantie. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. Mme B soutient que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations précitées dès lors, qu'elle serait éloignée de son époux et de ses deux enfants, lesquels sont présents sur le territoire français. Toutefois, la requérante n'établit, ni même n'allègue, que son époux serait titulaire d'un titre de séjour. En outre, Mme B, qui est nécessairement entrée en France après le relevé de ses empreintes par les autorités croates le 16 octobre 2023, n'établit ni la durée de son séjour sur le territoire français ni une quelconque insertion au sein de la société française. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la récente scolarisation de ses deux enfants arrivés en France avec elle ne pourrait se poursuivre en Croatie, ni que le diabète dont souffre la fille mineure de la requérante ne pourrait être pris en charge dans ce pays. Dans ces conditions, Mme B ne justifie pas l'existence d'obstacle à une reconstitution de la cellule familiale en Croatie, pays où elle a déposé une demande d'asile. Au surplus, la requérante est âgée de 29 ans et la circonstance son beau-frère et sa belle-sœur résideraient en France est insusceptible de justifier que le préfet dérogeât aux règles de transfert, dès lors que le règlement du 26 juin 2013, notamment, qui a pour objet de garantir aux ressortissants étrangers un examen circonstancié de leur demande d'asile, ne leur permet toutefois pas de choisir, parmi les États membres, celui qui sera responsable de cet examen, au regard d'éléments relatifs à leur parcours ou leur souhait personnel. Par suite, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, le préfet du Val d'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.

Le magistrat désigné,

signé

D. RobertLa greffière,

signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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