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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2401779

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401779

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401779
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBEN MOUSSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 6 février 2024, un vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête présentée le 22 décembre 2023 par M. A B.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 6 février et le 16 mars 2024, M. B, représenté par Me Ben Moussa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident de dix ans sur le fondement de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne ou au préfet territorialement compétent, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne ou au préfet territorialement compétent, à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation à compter de la notification à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été édictées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 20 mars 2024 :

- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Ben Moussa, représentant M. B et qui conclut par les mêmes fins et les mêmes moyens ;

- le préfet de la Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 16 juin 1995, déclare être entré sur le territoire français le 13 décembre 2016. Après le placement de M. B en garde-à-vue le 19 décembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne a, par arrêté du 20 décembre 2023, dont le requérant demande l'annulation, fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, est marié à une ressortissante française depuis le 29 août 2020 et qu'il justifie d'une communauté de vie avec son épouse depuis son mariage. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-et-Marne, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. L'exécution du présent jugement implique seulement que l'autorité administrative procède à un nouvel examen de la situation de M. B. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-et-Marne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressée, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement et de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen, sans autorisation de travail. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 décembre 2023 du préfet de Seine-et-Marne pris à l'encontre de M. B, portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 25 mars février 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. Beaufaÿs Le greffier,

signé

M. C La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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