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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2401814

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401814

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401814
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMBOMBO MULUMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 7 février 2024 et 22 février 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités croates.

Il doit être regardé comme soutenant que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces utiles au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bocquet, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bocquet ;

- les observations de Me Mbombo Mulumba, avocate désignée d'office, représentant M. A, présent à l'audience et qui a bénéficié de l'assistance d'un interprète en langue turque, qui soulève deux nouveaux moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 19 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 14 juillet 1996, a enregistré le 19 décembre 2023 une demande d'asile en France. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressé a eu ses empreintes auparavant enregistrées en Croatie. Le 19 décembre 2023, les autorités croates ont été saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement de l'article 12-4 du règlement (UE) n°604/2013. Ces autorités ont explicitement accepté cette demande le 2 janvier 2024. Par un arrêté du 26 janvier 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a ordonné son transfert aux autorités croates.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ".

3. M. A soutient qu'il existerait des défaillances systémiques dans l'accueil des demandeurs d'asile en Croatie. Toutefois, l'intéressé produit uniquement des articles de presse relatifs à la situation des migrants en Croatie, n'apporte aucun élément de preuve personnalisée à l'appui de ses allégations alors que la Croatie est un État membre de l'Union européenne et partie tant à la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit être présumé, en l'absence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile dans ce pays, que la demande d'asile du requérant sera traitée par les autorités croates dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 du règlement précité ne peut qu'être écarté.

4. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité, qui s'exerce sous le contrôle du juge, lui est ouverte même en l'absence de raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques dans l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile, ainsi que cela résulte de l'arrêt C-578/16 PPU de la Cour de justice de l'Union européenne du 16 février 2017.

5. Si M. A se prévaut de la présence en France d'oncles, de parents et d'amis, cette circonstance, à la demeurer établie, ne permet pas, à elle seule, d'établir que le requérant dispose de liens intenses, stables et anciens en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation dans au regard du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

6. Aux termes du 2. de l'article 19 du règlement (UE) n°604/2013 : " Les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, cessent si l'État membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de prendre ou reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des États membres pendant une durée d'au moins trois mois, à moins qu'elle ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité délivré par l'État membre responsable. / Toute demande introduite après la période d'absence visée au premier alinéa est considérée comme une nouvelle demande donnant lieu à une nouvelle procédure de détermination de l'État membre responsable ".

7. Si le requérant soutient qu'il a quitté la Croatie en 2023 pour retourner en Turquie, il n'établit pas, par les pièces produites, qu'il aurait quitté le territoire des Etats membres pour une durée d'au moins trois mois. En effet, si l'intéressé produit une pièce alléguant qu'il aurait travaillé en Turquie en août, septembre et octobre 2023, cette pièce ne peut suffire à elle seule à démontrer une présence effective en Turquie à cette période. Au surplus, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'entretien individuel réalisé par la préfecture du Val-d'Oise le 19 décembre 2023, que M. A a déclaré ne pas avoir rejoint volontairement ou involontairement son pays d'origine. Par suite, le préfet du Val-d'Oise était fondé à considérer que la situation de l'intéressé relevait des autorités croates et n'a pas méconnu les dispositions de l'article 19 du règlement (UE) n°604/2013 précitées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

P. BocquetLa greffière,

signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24018142

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