Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401820
mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2401820 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2024, M. A B D, représenté par Me Tchiakpe, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 janvier 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 70 euros par jours de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 70 euros par jours de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B D soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens de la requête de M. B D ne sont pas fondés.
Vu :
- le jugement du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 26 mars 2021, n° 2008523 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Prost, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant algérien né le 27 avril 1968, a demandé, le 3 août 2022, un titre de séjour au préfet des Hauts-de-Seine. Par un arrêté du 17 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B D demande au Tribunal, par la présente requête, d'annuler cet arrêté en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B D est père de quatre enfants présents sur le territoire français, que sa femme est titulaire d'un certificat de résidence algérien, en tant qu'accompagnant d'un des enfants, le jeune C, âgé de 11 ans et souffrant de plusieurs handicaps liés à une mutation génétique, et que cet enfant est toujours suivi de manière pluridisciplinaire en France, et ce depuis 2017, ce qui a permis une amélioration de son état et une plus grande autonomie. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le jeune C pourrait bénéficier d'un tel accompagnement dans son pays d'origine à la date du présent jugement. Dès lors que son fils a vocation à demeurer sur le territoire français avec sa mère, qui s'est notamment vu délivrer un titre de séjour, en exécution du jugement susvisé n° 2008523 du Tribunal en date du 26 mars 2021, régulièrement renouvelé depuis lors, le requérant est fondé à soutenir que l'exécution de l'arrêté attaqué aura pour effet de priver le jeune C de la présence de son père, avec lequel il vit à Nanterre, et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B D est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'autorisant à travailler, dans le délai de deux mois à compter du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 (mille) euros à M. B D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 : L'arrêté du 17 janvier 2024 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé en toutes ses dispositions.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B D un titre de séjour de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'autorisant à travailler, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B D la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B D et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
M. Prost, premier conseiller,
Mme Colin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
F.-X. Prost
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.