Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401995
mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2401995 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 février 2024, M. B, représenté par Me Arifa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 11 janvier 2024 par lequel préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant de refus de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait en estimant que la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère n'avait pu rendre un avis sur sa situation faute d'avoir pu contacter son employeur ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision d'interdiction de retour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée au regard de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est disproportionné au regard de sa vie privée et familiale dès lors qu'il ne constitue aucune menace pour l'ordre public ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle a été prise par une autorité incompétente.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise produit les pièces constitutives du dossier et conclut au rejet de la requête.
Par ordonnance du 3 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Colin rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sri lankais né le 28 janvier 1979, est entré irrégulièrement en France en 2017 selon ses déclarations. Il a sollicité le 7 mars 2023 son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté en date du 11 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a pris à son encontre une décision de refus de titre de séjour, assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. L'arrêté contesté a été signé par Mme D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A, directeur des migrations et de l'intégration, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, portant interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de renvoi. Il n'est pas établi que M. A n'était ni absent, ni empêché, à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans délai des motifs des décisions individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques, ou de manière générale, constituent une mesure de police (). " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code, " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 421-1 et L. 435-1, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne également les circonstances de faits propres à la situation professionnelle, personnelle et familiale de M. B, particulièrement les éléments sur lesquels le préfet du Val-d'Oise, qui n'était pas tenu de faire figurer l'ensemble des éléments de la situation de celui-ci, s'est fondé pour prendre l'arrêté attaqué notamment que sa durée de séjour depuis 2017 ne peut être considérée comme suffisante, que la réalité et la pérennité de son emploi ne sont pas démontrées et que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident son épouse et ses enfants. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, qui comporte ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de celui-ci ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et professionnelle de M. B avant de lui refuser un titre de séjour.
6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. . (). ".
7. Pour refuser de faire usage de son pouvoir d'appréciation général et rejeter la demande de M. B relative à son admission exceptionnelle au séjour, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que la réalité et la pérennité de son expérience professionnelle n'étaient pas établies et que la durée de séjour de l'intéressé qui déclare séjourner en France depuis 2017 n'est pas suffisante.
8. Le requérant se prévaut de sa durée de présence sur le territoire depuis plus de six ans, de son intégration et de sa stabilité professionnelle. Toutefois, la seule durée de présence en France ne saurait suffire à caractériser une insertion particulière et le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir l'insertion sociale dont il se prévaut sur le territoire national. Par ailleurs, le requérant n'est pas dénué d'attaches dans son pays d'origine où résident son épouse, ses deux enfants et ses parents. Ensuite, si le requérant établit par les bulletins de paie qu'il verse au dossier qu'il exerce une activité professionnelle d'agent d'entretien au sein de la société " 5P STAR " depuis le 1er mars 2022 et jusqu'au 31 décembre 2023, il ne peut se prévaloir que d'une expérience professionnelle de seulement 18 mois à la date de l'arrêté attaqué qui est insuffisante pour établir l'existence de motifs exceptionnels de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, alors même qu'il produit une demande d'autorisation de travail du 24 mars 2022 signée en sa faveur par son employeur. Enfin, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet s'est également fondé sur la circonstance que la réalité et la pérennité de l'emploi du requérant n'étaient pas établies à défaut pour la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère (PMOE) d'avoir pu rendre un avis sur la situation du requérant en l'absence des pièces nécessaires à l'instruction de son dossier. Si M. B soutient que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de fait dès lors que son employeur n'a pas été contacté par la PMOE pour produire ces pièces, il ressort des termes de l'avis rendu par la PMOE, produit par le préfet en défense, que les coordonnées de l'employeur ne lui avaient pas été communiquées, ce qui n'est pas contredit par l'intéressé, de sorte que la PMOE n'a pu lui adresser la demande de pièces complémentaires. En tout état de cause, compte tenu de l'expérience professionnelle insuffisante présentée par l'intéressé, le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas pris en compte de l'avis rendu par la PMOE. Dès lors, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de fait et sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser d'admettre exceptionnellement au séjour le requérant.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui "
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le préfet a pu, sans entacher sa décision d'une méconnaissance des stipulations précitées et d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur la situation du requérant, refuser de lui délivrer un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision par laquelle le préfet lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 8 en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans rédaction applicable au litige : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
14. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
15. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée du 11 janvier 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 612-6 à L. 612-11, mentionne que le requérant, qui a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, ne justifie pas d'attaches stables fortes et anciennes et que son épouse et ses enfants résident dans son pays d'origine et dans son article 3, la durée de l'interdiction de retour à deux ans. Ainsi, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, qui satisfait aux prescriptions de l'article L. 612-10 précité, est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
16. En second lieu, pour prendre à l'encontre de M. B une décision d'interdiction de retour pour une durée de deux ans, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur les éléments de fait tirés de ce que l'intéressé a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en date des 10 décembre 2019 et 23 mars 2021 auxquelles il n'a pas déféré, ses attaches dans ce pays ne sont pas anciennes, intenses et stables, et son épouse et ses enfants résident dans son pays d'origine. Ainsi, bien que sa présence sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public, la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans n'est pas disproportionnée. Par suite, le moyen doit être écarté.
17. Il résulte de toute ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2024.
Sur les conclusions aux fins d'injonctions et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Par voie de conséquence du rejet de ses conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, présentées par M. B doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M B est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à C B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon , président,
M. Prost, premier conseiller,
Mme Colin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
C. Colin
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401995