Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402175
jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402175 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 février 2024 et le 25 avril 2024, M. A B, représenté par Me Delorme, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;
- il est entaché d'une erreur de fait ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation professionnelle dès lors qu'il reprend l'avis erroné de la plateforme de la main d'œuvre étrangère ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
Le préfet du Val-d'Oise a produit les pièces qu'il estimait utiles au dossier le 9 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Goudenèche a été entendu au cours de l'audience publique du 27 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant béninois né le 19 novembre 1977, déclare être entré en France en août 2016. Le 8 septembre 2022, il a sollicité son admission au séjour en qualité de salarié sur le fondement des stipulations de l'article 14-1 de l'accord franco-béninois. Par un arrêté du 24 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Il indique, en particulier, que le requérant ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'accord franco-béninois dès lors que le métier d'ouvrier maçon pour lequel il postule ne fait pas partie de la liste des métiers annexée à cet accord. Il est précisé qu'il ne remplit pas non plus les conditions prévues par les articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne justifie pas de la production du visa long séjour mentionné à l'article L. 411-1 du code précité et qu'il ne produit pas davantage de contrat de travail visé par les autorités. En outre, le préfet mentionne que M. B est célibataire, sans charge de famille, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son père, ses trois enfants et sa fratrie et où il a vécu jusque l'âge de trente-huit ans. Ainsi, la seule lecture de la décision attaquée permet d'en comprendre les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de la décision attaquée que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
6. Pour refuser l'admission exceptionnelle au séjour de M. B dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation au titre du travail, le préfet du Val d'Oise s'est fondé sur la circonstance que les pièces produites ne sont pas suffisantes pour démontrer la réalité et la pérennité de son emploi et que la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère a rendu un avis défavorable dès lors que l'employeur n'a pas respecté les exigences relatives à la rémunération. Pour le contester le requérant se prévaut de son insertion professionnelle et produit pour en attester un contrat à durée indéterminée signé le 7 juillet 2021 et des bulletins de salaire. Si le requérant démontre effectivement avoir reçu une rémunération supérieure au SMIC et établit avoir travaillé à temps plein en tant qu'ouvrier maçon au sein de la société Louis Rénovation depuis juillet 2021 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, ces circonstances ne permettent pas de justifier d'une insertion professionnelle ancienne sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
8. M. B, qui est célibataire et sans enfant, n'établit ni l'intensité particulière de ses relations sociales en France ni être dépourvu d'attaches au Bénin, pays où il a vécu jusque l'âge de trente-huit ans. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier et eu égard à ce qui a été énoncé au point 6, que le requérant justifie d'une insertion professionnelle suffisante au regard des stipulations précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
9. M. B se prévaut de sa présence en France depuis 2016. Toutefois, la seule durée de sa présence en France, à la supposer établie, ne suffit pas à établir que le centre de ses intérêts privés et professionnels se trouverait en France. Ainsi M. B, qui ne se prévaut pas d'autres motifs que ceux énoncés au point 6, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et professionnelle.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La rapporteure
signé
C. Goudenèche
La présidente
signé
C. BoriesLa greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.