Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402290

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant béninois, qui contestait un arrêté préfectoral du 9 octobre 2023 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a d'abord écarté le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, la délégation de signature étant régulière. Il a ensuite jugé que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée, le préfet n'étant pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle du requérant. La solution retenue est donc le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2024, M. A, représenté par Me Maillet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou à tout le moins, de réexaminer sa situation sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Maillet, sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- cet arrêté a été signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur de droit en examinant sa situation au regard de l'article 14-1 de l'accord franco-béninois du 28 novembre 2007 dont il ne remplissait pas les conditions, alors qu'il avait sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article 19 de cet accord ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 dite " Valls " qui est directement opposable dans le cadre du présent litige ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que reconnu par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Bénin signé à Cotonou le 28 novembre 2007 ;

- la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zaccaron Guérin a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant béninois né le 9 février 1961 est entré en France le 30 mars 2013 muni d'un visa D, valable du 21 mars 2013 au 19 juin 2013. Le 31 mai 2023, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 14-1 de l'accord franco-béninois du 28 novembre 2007. Par un arrêté du 9 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 9 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait, par arrêté n°23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature du Val-d'Oise, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français assorties d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que l'acte donnant délégation de signature soit mentionné dans l'acte signé, ni qu'il soit joint à cet acte. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui [] restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Alors que l'exigence de motivation n'implique pas que les décisions visées à l'article L. 211-2 précité mentionnent l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressée, la décision de refus de délivrer un titre de séjour à M. A comporte les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit dès lors être écarté.

5. En deuxième lieu, si M. A soutient qu'il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article 19 de l'accord franco-béninois susvisé de sorte qu'en examinant sa situation au regard de l'article 14-1 de cet accord, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur de droit, il ne l'établit par la production d'aucune pièce. Au demeurant, il ressort des termes même de la décision attaquée qu'après avoir examiné la situation de M. A au regard de l'article 14-1 précité, le préfet du Val-d'Oise a ensuite examiné d'office la possibilité de l'admettre au séjour à titre exceptionnel, sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire de régularisation sans texte. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En troisième lieu, en instituant le mécanisme de garantie de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, le législateur n'a pas permis de se prévaloir d'orientations générales dès lors que celles-ci sont définies pour l'octroi d'une mesure de faveur au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit, alors même qu'elles ont été publiées sur l'un des sites mentionnés à l'article D. 312-11 précité. S'agissant des lignes directrices, le législateur n'a pas subordonné à leur publication sur l'un de ces sites la possibilité pour toute personne de s'en prévaloir, à l'appui d'un recours formé devant le juge administratif. Il s'ensuit que dès lors que M. A ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'Intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

8. M. A fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis le 30 mars 2013, qu'il a exercé plusieurs missions en 2018 et 2019 en qualité d'interprète auprès des délégations anglophones de l'UNESCO, que l'une de ses filles réside en France pour y suivre ses études, et qu'il est bien intégré en France dès lors qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche de la part de l'entreprise A3Z pour exercer en tant que chargé de mission bilingue des relations extérieures d'assistance aux fournisseurs et techniciens d'ascenseurs dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps complet. Toutefois, M. A ne justifie pas, par les pièces insuffisamment nombreuses et probantes qu'il produit pour les années 2018, 2020 et 2021 de la continuité de son séjour en France depuis 2013. Il ne justifie pas plus de l'exercice d'une activité professionnelle en France par la production d'un formulaire Cerfa de demande d'autorisation de travail signé par l'entreprise A3Z le 31 octobre 2019 partiellement renseigné. Enfin, le requérant dispose d'importantes attaches dans son pays d'origine où résident son épouse et une de ses filles et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de cinquante-deux ans. Les circonstances invoquées ne constituent pas de motifs exceptionnels justifiant que lui soit délivré un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise ait été saisi d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet n'a pas examiné d'office le droit au séjour de l'intéressé au regard de ces dispositions. M. A ne peut dès lors pas utilement soutenir que la décision portant refus de séjour en litige, a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen est inopérant et ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, eu égard à ce qui a été énoncé au point 8, M. A n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise ni qu'elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. En second lieu, eu égard à ce qui a été énoncé précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 9 octobre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 août 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Zaccaron Guérin, première conseillère,

Mme Beauvironnet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin La présidente,

signé

S. Edert

Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24022902