Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402326
vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402326 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 février 2024, M. A, représenté par Me Hervet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant refus de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est insuffisamment motivée et dépourvue d'un examen de sa situation particulière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise communique les pièces constitutives du dossier du requérant.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Zaccaron Guérin a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 13 avril 1995 est entré en France le 6 septembre 2022 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant ". Le 13 juillet 2023, il en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 12 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait, par arrêté n°23-064 du 14 novembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit dès lors être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui [] restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ".
4. Alors que l'exigence de motivation n'implique pas que les décisions visées à l'article L. 211-2 précité mentionnent l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressée, la décision de refus de délivrer un titre de séjour à M. A comporte les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de titre de séjour manque en fait et ne peut dès lors qu'être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'a pas, préalablement à l'édiction de cette décision, procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an ". Aux termes de l'article R. 433-1 de ce code : " L'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci () ". Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
7. En l'espèce, pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour étudiant, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur l'absence de sérieux dans la poursuite de ses études. Si le requérant fait valoir avoir rencontré des problèmes psychologiques et d'adaptation au sein de son établissement en 2022/2023, et n'a pu produire de relevé de note ni d'assiduité, il ressort des pièces du dossier que depuis son entrée en France en septembre 2022, M. A s'est inscrit en 3e année de Bachelor FMS - Chargé de Marketing et Promotion de niveau 6 au sein de l'école de commerce du Food Business, formation qu'il a interrompu, puis le 21 mars 2023, en Mastère 1 " Manager en développement durable " au sein du groupe GEMA ESI Business School au titre de l'année universitaire 2023-2024, qu'il n'a pas davantage suivi, et enfin à l'Institut Golden Collard pour une formation de niveau Bac +4 spécialité " Achat, logistique internationale et qualité ". Dans ces conditions, alors que le requérant n'établit pas les difficultés qu'il invoque, il n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler sa carte de séjour en qualité d'étudiant le préfet du Val-d'Oise n'aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Le requérant se prévaut de son entrée en France plus d'un an avant l'édiction de la décision attaquée, des liens qu'il a tissé avec les étudiants et ses collègues de travail ainsi que de la circonstance qu'il est hébergé chez son cousin. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en vue d'y poursuivre ses études. En outre, ainsi qu'il a été énoncé au point 6 du présent jugement, le requérant n'est pas en mesure de justifier du sérieux, de l'assiduité et de la cohérence du cursus de formation choisi au titre des années universitaires 2022-2023 et 2023-2024. Par ailleurs, les pièces qu'il produit ne sont pas de nature à justifier de la réalité les liens intenses et stables dont il se prévaut en France alors que l'intéressé ne conteste pas disposer d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Enfin, il n'apporte aucun élément susceptible de justifier d'une intégration particulière en France. Dans ces conditions, en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale et n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du même code dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
11. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été, comme en l'espèce, rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la mesure d'éloignement contestée ne peut qu'être écarté.
12. En deuxième lieu, la décision de refus de renouvellement du titre de séjour de M. A n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à exciper à l'encontre de la mesure d'éloignement, l'illégalité de cette décision.
13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Il ressort de la décision attaquée qu'elle a été prise au visa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise la nationalité du requérant. Par suite, elle est suffisamment motivée.
15. En se bornant à soutenir que cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors que le préfet du Val-d'Oise ne s'est pas assuré que le pays de destination choisi ne porterait pas atteinte aux dispositions des articles interdisant la soumission d'une personne à des traitements inhumains, M. A n'assortie pas son moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 12 janvier 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 30 août 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Zaccaron Guérin, première conseillère,
Mme Beauvironnet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
C. Zaccaron Guérin La présidente,
signé
S. Edert
Le greffier,
signé
F. Lux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24023262