Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402472
mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402472 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 février 2024, le 7 mars 2024, le 7 mai 2024, M. C D A, représenté par Me Parastatis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Parastatis renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
M. A soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 421-5, L. 421-6 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, lequel n'a pas produit de mémoire en défense.
Un mémoire complémentaire a été produit pour M. A le 22 août 2024, qui n'a pas été communiqué.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 6 novembre 2023.
Vu :
- les pièces produites le 29 août 2024 qui n'ont pas été communiquées.
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Saïh, rapporteure ;
- les observations de Me du Rosel de Saint-Germain, substituant Me Parastatis, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant congolais né le 10 août 1969, déclare être entré en France le 17 novembre 2018. Il a été mis en possession d'un titre de séjour en qualité d'étudiant valable du 17 novembre 2019 au 16 novembre 2020. Il s'est ensuite vu délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " étudiant en recherche d'emploi " valable du 25 février 2021 au 24 novembre 2021 puis d'un titre de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale " valable du 8 février 2022 au 7 février 2023. Le 14 avril 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des articles L. 421-5 et L. 421-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 août 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " Par dérogation à l'article L. 433-6, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " et qui est titulaire d'une carte de séjour délivrée pour un autre motif bénéficie d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention demandée lorsque les conditions de délivrance de cette carte sont remplies. / A l'expiration de la durée de validité de cette carte, s'il continue à en remplir les conditions de délivrance, il bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle portant la même mention. / Lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'une première carte de séjour pluriannuelle dans les conditions prévues au présent article, il doit en outre justifier du respect des conditions prévues au 1° de l'article L. 433-4. ".
5. M. A, qui indique dispenser des cours au sein de l'établissement scolaire Aurlom Prépa, soutient qu'il exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants. Toutefois, en se bornant à se prévaloir de la facturation de ses prestations et à produire un contrat de prestation de formation au titre de l'année 2023-2024 ainsi que des factures des 2 décembre 2023, 24 décembre 2023, 31 janvier 2024 et 31 mars 2024, postérieures d'ailleurs à l'arrêté contesté, le requérant ne démontre pas la viabilité économique de son entreprise individuelle. Dans ces conditions, en absence de justification relative à la viabilité économique du projet de l'intéressé, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions citées au point 4 du présent jugement doit être écarté.
6. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est inopérant dès lors que M. A n'a pas demandé de titre de séjour sur ce fondement, qui n'a pas davantage été examiné d'office par le préfet du Val-d'Oise.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. M. A soutient qu'il réside en France depuis l'année 2018, qu'il vit, depuis leur entrée sur le territoire français le 28 avril 2019, avec son épouse et leurs trois enfants, B né le 20 décembre 2000, Orlane née le 16 février 2007 et Saminou née le 12 décembre 2012, lesquels sont scolarisés en France, et que son épouse bénéfice d'un titre de séjour portant la mention " visiteur ". Toutefois, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à un ressortissant étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la durée de séjour de l'intéressé en France est limitée. En outre, il n'établit pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Son épouse est également en situation irrégulière, sa carte de séjour temporaire ayant expiré le 11 mars 2022. En outre, son activité de formateur, mentionnée au point 5 du présent jugement, ne permet pas de justifier d'une insertion professionnelle suffisante et des liens d'une particulière intensité en France. De plus, si M. A fait valoir que ses enfants sont scolarisés en France et qu'en particulier, son fils B poursuit des études en vue d'obtenir un diplôme d'études universitaires scientifiques et techniques (DEUST), spécialité " Animation et gestion des activités physiques, sportives ou culturelles " (AGAPSC), cette circonstance n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour. Enfin, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en République démocratique du Congo et à ce que les enfants du requérant poursuivent leur scolarité dans ce pays. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressé en France, le préfet, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision a été prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Dans les circonstances sus-rappelées, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par suite, doivent également être rejetées les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Saïh
Le président,
signé
T. Bertoncini La greffière,
signé
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.