Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402493
mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402493 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 21 février, 16 mai et 1er juillet 2024, M. A B, représenté par Me Parastatis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles
L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Parastatis sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant le refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise indique confirmer sa décision et communique les pièces du dossier de M. B.
Par une décision du 20 novembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B, le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle et fixé la contribution de l'Etat à 25 %.
Par ordonnance du 16 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 juin suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fléjou,
- et les observations de Me du Rosel de Saint Germain, substituant Me Parastatis, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sénégalais né le 11 juillet 1997, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour demandé au titre de sa vie privée et familiale, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. B est en entré en France le 11 novembre 2018 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " qui a été renouvelé jusqu'en décembre 2021 afin de suivre des études en informatique. Il ressort par ailleurs de ces pièces qu'il a effectué un service civique de septembre 2019 à janvier 2020 auprès de l'association " Ensemble pour la réussite " dont l'objet était l'accompagnement à l'accès aux droits à la parentalité et au parrainage scolaire. Il a aussi travaillé d'avril à septembre 2019 comme agent de service pour la société Adapt Propreté et comme agent d'accueil en décembre 2019 et janvier 2020 pour la société City One Accueil Passager, puis en qualité d'agent technique de propreté de septembre 2020 à mars 2022 au sein de l'office de l'habitat de Puteaux, qui avait obtenu pour lui une autorisation de travail le 7 juin 2021. Surtout, il ressort des pièces du dossier que, depuis le mois de juin 2022, M. B travaille dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée pour la société LS UCPA Sports Events comme commis de cuisine. Pour en justifier, il verse à l'instance ses bulletins de paie, qui font état de salaires supérieurs à 1 500 euros par mois. La réalité de son travail est en outre corroborée par ses relevés de comptes bancaires, ainsi que par ses avis d'imposition, qui font état de montants annuels de salaires de 17 690 euros pour l'année 2021, de 16 580 euros en 2022 et de 18 220 euros en 2023. M. B justifie ainsi de plus de quarante mois de travail pour un volume horaire supérieur à un mi-temps avant la date de la décision attaquée. Enfin, s'il est constant que M. B est célibataire et sans charge de famille et que sa mère vit dans son pays d'origine, il ressort des pièces du dossier que le père du requérant est de nationalité française, tout comme son cousin chez qui il réside, et que son frère est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle. Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu notamment de l'intégration professionnelle et des liens personnels du requérant du France, le préfet du Val-d'Oise a entaché la décision par laquelle il a refusé de lui délivrer un titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de M. B.
3. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté attaqué doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
4. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. B d'un titre de séjour portant la mention " salariée ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. A ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
5. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25 % par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise en date du 20 novembre 2023. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme totale de 1 200 euros, à verser, d'une part, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à hauteur de 300 euros, à Me Parastatis sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et, d'autre part, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à hauteur de 900 euros, au requérant au titre de la part des frais de procédure restés à sa charge.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 9 octobre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent compte-tenu du lieu de résidence de l'intéressé, de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 300 euros à Me Parastatis, avocate de M. B, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et, d'autre part, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 900 euros au requérant au titre de la part des frais restés à sa charge.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Philippine Parastatis et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Drevon-Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère et Mme Courtois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
V. Fléjou
La présidente,
signé
E. Drevon-CoblenceLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402493