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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2402567

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402567

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402567
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOUSSOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2024, l'établissement public national Antoine Koenigswarter (EPNAK), représenté par Me Eyrignoux, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à Mme B A de libérer sans délai le logement qu'elle occupe sans droit ni titre situé au 35 rue de Nanterre à Asnières-sur-Seine (92600) et la place de stationnement affectée à ce logement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de l'autoriser à procéder à la libération de ce logement à l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, au besoin, avec le concours de la force publique ;

3°) de mettre à la charge de Mme B A la somme de 3.000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que le maintien illégal de Mme A dans le logement préjudicie de manière grave et immédiate à l'intérêt public ainsi qu'au bon fonctionnement et à la continuité du service public, cette occupation sans titre empêchant l'accueil d'enfants en situation de handicap et soustrayant le domaine public à sa destination normale ;

- la mesure sollicitée est utile, dès lors que Mme A ne remplit plus les conditions pour bénéficier du logement de fonction qu'elle occupe sans titre depuis plusieurs mois ; qu'en outre, les mises en demeure n'ont pas été respectées et qu'enfin, il se retrouve dans l'impossibilité d'utiliser le pavillon occupé pour les besoins du service ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la décision du 14 décembre 2022, par laquelle l'EPNAK a reconduit à compter du 1er janvier 2023 la concession de logement accordée, a été abrogée, en date du 4 mai 2023 et que cette concession pouvait être révoquée unilatéralement, Mme A, n'effectuant plus d'astreintes.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2024, Mme A, représentée par

Me Boussoum, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la mise à la charge de l'EPNAK de la somme de 1.500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est incompétente, le logement n'appartenant pas au domaine public ;

- le logement n'existe pas puisqu'elle ne réside pas au 35, rue de Nanterre à

Asnières-sur-Seine mais au 41, rue Bernard Jugault à Asnières-sur-Seine.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 5 mars 2024 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;

- les observations de Me Pawlotsky, substituant Me Eyrignoux, représentant l'EPNAK qui précise ses conclusions sur l'adresse du logement en demandant une expulsion du logement situé au 2 adresses ;

- les observations de Me Lejars-Ricccardi, subsituant Me Boussoum, représentant

Mme A qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été différée au 5 mars 2024 à 18h00.

Des pièces complémentaires, présentées par l'EPNAK, ont été enregistrées le 5 mars 2024 à 15h27.

Considérant ce qui suit :

1. L'établissement public national Antoine Koenigswarter (EPNAK) a, par une décision en date du 14 décembre 2022, reconduit, à compter du 1er janvier 2023, la concession de logement accordée, le 27 juin 2018, à Mme B A par l'Institut départemental Gustave Baguer. Par décision du 4 mai 2023, notifiée le 9 mai 2023, l'EPNAK a décidé d'abroger l'arrêté d'attribution d'un logement de fonction précédemment pris le 14 décembre 2022 et a invité

Mme A à quitter le logement avant le 31 août 2023 puis, par un second courrier en date du

10 mai 2023, a reporté cette date au 30 septembre 2023. Le 22 mai 2023, Mme A a contesté, par courrier, la décision du 4 mai 2023 et n'a pas quitté le logement. Le 3 octobre 2023, l'EPNAK a mis en demeure Mme A de quitter le logement dans le délai de dix jours et par une seconde mise en demeure, en date du 19 janvier 2024, dans le délai de quinze jours. Par la présente requête, l'EPNAK demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à Mme A de libérer sans délai le logement qu'elle occupe sans droit ni titre et d'autoriser, au besoin, le concours de la force publique pour procéder à la libération de celui-ci.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ".

4. Il résulte de l'instruction que le pavillon situé au 35, rue de Nanterre à Asnières-sur-Seine qui a été concédé à Mme B A à titre de logement privatif par l'établissement public national Antoine Koenigswarter (EPNAK), par une décision en date du 14 décembre 2022 n'est ni affecté à l'usage direct du public et n'est pas plus affecté au service public dont l'établissement public national Antoine Koenigswarter culturel a la charge.

5. Quand une personne publique a pris la décision d'affecter un bien qui lui appartient à un service public et que l'aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public peut être regardé comme entrepris de façon certaine, eu égard à l'ensemble des circonstances de droit et de fait, telles que, notamment, les actes administratifs intervenus, les contrats conclus, les travaux engagés, ce bien doit être regardé comme une dépendance du domaine public. Si, en l'espèce, l'établissement public national Antoine Koenigswarter (EPNAK), a le projet d'étendre son activité pour l'accueil des enfants en situation de handicap, en transformant ce pavillon pour les besoins de son activité, l'EPNAK, qui ne produit aucune décision prise en ce sens ou commencement de planification ou d'engagements de travaux en ce sens ne peut être regardée comme ayant entrepris l'aménagement indispensable à l'exécution des missions de service public à l'exécution desquelles elle soutient qu'est destiné ce pavillon.

6. Dans ces conditions, le bien immobilier en cause n'est pas susceptible d'être qualifié de dépendance du domaine public. Par suite, il n'appartient pas au juge administratif de prescrire la mesure d'expulsion sollicitée par l'EPNAK.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par l'EPNAK doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître. Les conclusions présentées par l'EPNAK au titre des frais liés à l'instance en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.

8. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par Mme B A, qui occupe illégalement un pavillon de 6 pièces sur 3 niveaux à Asnières-sur-Seine sans acquitter aucune redevance, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'établissement public national Antoine Koenigswarter (EPNAK) est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Mme B A en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'établissement public national Antoine Koenigswarter et à Mme B A.

Fait à Cergy, le 14 mars 2024.

Le juge des référés

Signé

G. Thobaty

La République mande au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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