Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402602

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402602
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. C, ressortissant tunisien, qui contestait l’obligation de quitter le territoire français (OQTF) prise à son encontre le 24 janvier 2024 par le préfet de l’Essonne. Le tribunal a écarté l’ensemble des moyens soulevés, notamment l’incompétence de l’auteur de l’acte, le défaut de motivation, l’erreur de fait et la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. La solution retenue repose sur l’application des articles L. 611-1 (6°) et L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), ainsi que sur l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2401076 du 23 février 2024, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. B C, enregistré au greffe du tribunal administratif de Versailles le 7 février 2024.

Par cette requête et des pièces complémentaires enregistrées les 4 avril et 7 mai 2024, M. C, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2024 par laquelle le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, dans un délai quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme déterminée par le tribunal au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'erreurs de fait en ce que le préfet a notamment retenu à tort qu'il n'avait pas fait de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative et ne disposait pas de preuve de la légalité de son travail ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par ordonnance du 2 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mai suivant.

La préfète de l'Essonne a produit un mémoire en défense enregistré le 28 août 2024 après la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Fléjou a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 28 août 2003, demande au tribunal d'annuler la décision du 24 janvier 2024 par laquelle le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2024-PREF-DCPPAT-BCA-003 du 4 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme A, attachée d'administration, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer notamment les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". La motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

4. En l'espèce la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise les textes dont il est fait application, notamment le 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Elle indique, en particulier, que, lors d'un contrôle effectué le 23 janvier 2024, il a été constaté que M. C travaillait sans y être autorisé, ce qui constitue une infraction à l'article L. 5221-5 du code du travail. Elle précise, en outre, que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille et que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. C soutient que la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'erreurs de fait en ce que le préfet a retenu à tort qu'il n'avait pas fait de démarches en vue de la régularisation de son droit au séjour. Toutefois, les éléments que le requérant verse à l'instance relatifs à de telles démarches, en particulier l'attestation de dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine du 7 mai 2024, sont postérieurs à l'arrêté attaqué. Par ailleurs, s'il soutient que le préfet de l'Essonne aurait retenu à tort qu'il ne disposait pas de preuves de travail légal, il ressort des pièces du dossier que le requérant occupait sans autorisation de travail un emploi au sein de la société Macrino depuis le mois de novembre 2022. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut d'examen et des erreurs de fait ne peuvent qu'être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "

7. M. C soutient qu'il réside en France depuis le mois de novembre 2020, qu'il travaille depuis novembre 2022 et qu'il est intégré professionnellement et socialement en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui est célibataire et sans enfant à charge, ne justifie pas avoir noué des liens anciens, intenses et stables sur le territoire français où il est arrivé au plus tôt à l'âge de dix-neuf ans. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a travaillé entre les mois de novembre 2022 et janvier 2024 en qualité d'employé polyvalent à temps partiel dans le cadre de contrats à durée déterminée successifs pour la société Macrino, cette seule circonstance n'est pas de nature à démontrer une insertion professionnelle et sociale particulière en France. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée sur sa situation personnelle.

9. En sixième et dernier lieu, M. C ne saurait utilement invoquer au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français en litige le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont trait aux seules interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

11. Par voie de conséquence du rejet de ses conclusions à fin d'annulation, les conclusions de M. C à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

V. Fléjou

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°240260