Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402642
mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402642 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 février et 30 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Trorial, avocate, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 26 janvier 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite en cas d'exécution d'office de cette mesure et pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Trorial, son avocate, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, et dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle définitive lui serait refusée, de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
la décision du 26 janvier 2024 :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut de base légale ;
- est illégale en tant qu'elle est fondée sur l'arrêté du 21 décembre 2023 qui est entaché d'une erreur d'appréciation au regard du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
l'obligation de quitter le territoire français :
- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision du 26 janvier 2024 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
- méconnaît les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir :
- à titre principal, que la requête de Mme B est irrecevable, dès lors que, d'une part, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2023 sont tardives et, d'autre part, que le courrier électronique du 26 janvier 2024 ne contient l'énoncé d'aucune décision ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bergantz, rapporteuse ;
- et les observations de Me Trorial.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissant algérienne, est entrée en France le 16 septembre 2021 sous couvert d'un visa long séjour valable du 20 août 2021 au 18 novembre 2021, puis elle s'est vu délivrer deux certificats de résidence successifs portant la mention " étudiant " valables du 19 novembre 2021 au 18 novembre 2023. Mme B en a demandé le renouvellement le 30 septembre 2023. Le 26 janvier 2024, l'intéressée a été informée par courrier électronique que, par un arrêté du 21 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine avait rejeté cette demande de renouvellement et pris une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Mme B demande au Tribunal d'annuler, d'une part, la décision du 26 janvier 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de son certificat de résidence et l'a obligée à quitter le territoire français, et, d'autre part, l'arrêté du 21 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de son certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite en cas d'exécution d'office de cette mesure et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les fins de non-recevoir opposées par le préfet des Hauts-de-Seine :
3. Le courrier électronique du 26 janvier 2024 par lequel les services de la préfecture des Hauts-de-Seine ont informé Mme B qu'un arrêté en date du 21 décembre 2023 rejetant sa demande de renouvellement de son titre de titre et l'obligeant à quitter le territoire français lui avait été notifié présente un simple caractère informatif et non celui d'un acte faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Le préfet des Hauts-de-Seine est, dès lors, fondé à soutenir que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de ce courrier électronique sont irrecevables.
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser () le renouvellement du titre de séjour () qui lui avait été délivré () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. () ". Aux termes du I. de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application () des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. ".
5. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.
6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 21 décembre 2023 a été transmis par lettre recommandée avec accusé de réception à l'adresse de Mme B. Il ressort de la copie d'écran du site internet de La Poste produite par le préfet des Hauts-de-Seine que ce pli a été présenté par les services postaux à cette adresse le 23 décembre 2023, puis retourné à l'administration le 11 janvier 2024, avant d'être réexpédié et finalement distribué le 12 février 2024. Contrairement à ce que soutient le préfet des Hauts-de-Seine, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme ayant été régulièrement notifié à la date de vaine présentation du 23 décembre 2023, dès lors qu'il n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que la requérante a été informée que le pli le contenant était à sa disposition au bureau de poste. Par suite, l'arrêté attaqué doit être regardé comme n'ayant été régulièrement notifié qu'à la date du 12 février 2024. Dans ces conditions, la requête de Mme B, qui a été enregistrée le 25 février 2014, soit avant l'expiration du délai de recours de trente jours fixé par les dispositions précitées du I. de l'article R. 776-2 du code de justice administrative, n'était pas tardive. La fin de non-recevoir opposée tirée de la tardiveté des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2023 doit, dès lors, être écartée.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2023 :
7. Aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention ''étudiant'' ou ''stagiaire'' ".
8. Pour refuser le renouvellement du certificat de résidence de Mme B en qualité d'étudiante, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que la requérante était inscrite, au titre de l'année universitaire 2023-2024, à une formation " Executive Bachelor - Développement commercial et négociation " à l'ISCOD qu'elle effectuait à distance, ne justifiant ainsi pas de la nécessité de sa présence en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme B a effectué cette formation en alternance et qu'elle a conclu à ce titre un contrat d'apprentissage avec la société Abalsia Consulting située à Paris sur la période du 13 décembre 2022 au 29 février 2024. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a fait une inexacte application des stipulations de l'annexe III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
11. Le présent jugement implique, eu égard au motif d'annulation retenu, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que Mme B est provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Trorial, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Trorial de la somme de 1 000 (mille) euros. Dans le cas où Mme B ne serait pas admise à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 21 décembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera à Me Trorial, avocate de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où Mme B ne serait pas admise à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Schneider, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
La rapporteuse,
signé
A. BERGANTZ
Le président,
signé
K. KELFANI
La greffière,
signé
L. GAIGNON
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.