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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2402656

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402656

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFERNANDEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires, enregistrés le 26 février 2024 et 4 avril 2024, M. A B, représenté par Me Fernandez, avocat désigné d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des articles L. 432-13 et L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait son droit au maintien sur le territoire en ce qu'elle intervient alors même qu'il a contesté une précédente obligation de quitter le territoire français en date du

6 décembre 2022 et que celle-ci est encore en cours d'instruction ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait le principe du contradictoire et son droit à être préalablement entendu consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bocquet pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 avril 2024 :

- le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée, laquelle a informé les parties que, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ces conclusions étant dirigées contre une décision inexistante ;

- les observations de Me Fernandez, avocat désigné d'office représentant M. B, présent, assisté de Mme C, interprète en langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre qu'il abandonne les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour en constatant l'absence d'une telle décision et que le requérant a fait l'objet d'un précédent arrêté lui refusant le titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français qui fait l'objet d'un recours devant le tribunal de céans et qu'il est demandé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de verser au requérant 2000 euros en raison des faits particuliers d'espèce ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian né le 26 avril 1978, est entré sur le territoire français en 2010, selon ses déclarations. M. B a été interpelé par les services de police, le 23 février 2024. Par un arrêté du 23 février 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu instituer une voie de recours spéciale ayant un effet suspensif contre les mesures relatives à l'éloignement des étrangers. Il ressort des pièces du dossier que M. B a contesté l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de délivrance de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours. Il a pour ce faire, déposé une requête le 23 juin 2023 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise. À la date de l'arrêté contesté du 23 février 2024, le tribunal de céans n'a pas encore statué sur le recours présenté contre l'arrêté du 6 décembre 2022 et dont l'audience est prévue le 23 avril 2024. Ainsi, le préfet du Val-d'Oise ne pouvait, sans méconnaître l'effet suspensif attaché au recours exercé par le requérant contre l'arrêté du 6 décembre 2022, fonder une nouvelle obligation de quitter le territoire français sur la circonstance selon laquelle l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français depuis la première décision lui refusant sa demande de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le préfet du Val-d'Oise a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai. Eu égard aux effets de cette annulation prononcée, la décision fixant le pays de destination, qui n'aurait pu légalement être prise sans la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence, ainsi que, pour le même motif, la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. La présente décision implique nécessairement que le préfet du Val-d'Oise, réexamine la situation de M. B. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois courant à compter de la notification de la présente décision, et de délivrer à M. B, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais du litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, M. B ayant bénéficié de l'assistance d'un avocat désigné d'office, de faire droit aux conclusions de sa requête présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 23 février 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

P. Bocquet Le greffier,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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