Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402665
vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 février 2024, Mme A B, représentée par Me Taj, avocat, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté, fixé le pays de destination et ordonné la remise de son passeport ou tout autre document d'identité ou de voyage ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
la décision portant refus de titre de séjour :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
la décision fixant le pays de renvoi :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui a produit l'ensemble des pièces relatives au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Schneider, première conseillère ;
- et les conclusions de M. Villette, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante pakistanaise, déclare être entrée en France le 1er août 2017 sous couvert d'un visa délivré par les autorités italiennes dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. Son époux, titulaire d'une carte de séjour italienne, l'ayant expulsée du domicile conjugal, elle a rejoint la France, accompagnée des deux enfants mineurs. Le 14 juin 2023, Mme B a présenté au préfet du Val-d'Oise une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande, a obligé Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays de destination et a ordonné la remise de son passeport ou tout autre document d'identité ou de voyage. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Il n'est pas contesté que Mme B est entrée régulièrement en France le 1er août 2017 à l'âge de 44 ans, munie d'un visa délivré par les autorités italiennes afin de rejoindre son ex-mari dont elle est divorcée depuis 2018. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante réside habituellement en France depuis plus de sept ans, en compagnie de ses deux fils qui y ont terminé leur scolarité, et dont l'un est titulaire d'une carte de résident. Enfin, Mme B fait valoir ne plus avoir de famille proche au Pakistan. La requérante établit donc avoir fixé en France le centre de sa vie privée et familiale. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux a été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du préfet du Val-d'Oise, en date du 30 janvier 2024, doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise, en date du 30 janvier 2024, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Caroline Gabez, première conseillère, et Mme Schneider, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
S. SCHNEIDER
Le président,
signé
K. KELFANI
La greffière,
signé
L. GAIGNON
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.