Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402799

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine refusait un titre de séjour à M. C A, ressortissant indien, et l'obligeait à quitter le territoire. Le tribunal a retenu un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant, le préfet n'ayant pas examiné sa demande de titre de séjour en qualité de salarié, déposée parallèlement à celle pour "recherche d'emploi-création d'entreprise". En conséquence, l'ensemble des décisions contestées (refus de séjour, obligation de quitter le territoire, délai de départ, pays de renvoi et interdiction de retour) ont été annulées. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. C A dans un délai de trois mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans l'attente, sur le fondement des articles L. 421-1, L. 421-3 et L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2024, M. B C A, représenté par Me Trugnan Battikh, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et lui a interdit le retour sur le territoire pendant une période d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la présente décision ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire est illégale par voie de conséquence ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence ;

- l'interdiction de retour sur le territoire est illégale par voie de conséquence ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 9 avril 2024 le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche,

- et les observations de Me Trugnan Battikh représentant M. C A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C A, ressortissant indien né le 5 janvier 2002, est entré en France le 20 octobre 2020. Il a été mis en possession d'un titre de séjour en qualité d'étudiant du 18 novembre 2021 au 17 novembre 2023. Le 14 novembre 2023 il a sollicité un changement de statut au profit d'un titre de séjour mention " recherche d'emploi-création d'entreprise ". Par un arrêté du 25 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et lui a interdit le retour sur le territoire pendant une période d'un an. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de deux attestations de dépôt de demande de titre de séjour sur la plateforme " démarches-simplifiées.fr ", que M. C A a d'abord sollicité, le 9 novembre 2023, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié ou travailleur temporaire sur le fondement des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis, le 14 novembre 2023, un titre mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " sur le fondement de l'article L. 422-10 du même code. Or, il ressort des mentions de l'arrêté en litige que le préfet n'a examiné la demande de M. C A qu'au regard du titre " recherche d'emploi et création d'entreprise ". Le préfet n'a ainsi pas examiné la possibilité de délivrer à l'intéressé un titre de séjour au regard de son activité salariée, alors même qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait renoncé à solliciter une carte de séjour à ce titre. Par suite, M. C A est fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour est entaché d'un défaut d'examen.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C A est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 25 janvier 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. C A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans cette attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser au requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 25 janvier 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. C A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans cette attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. C A la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. Goudenèche La présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.