Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402855
lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402855 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 février 2024 et 24 avril 2024, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées les 15 mai 2024, 12 juin 2024 et 11 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Acquere, demande au tribunal d'annuler la décision du 2 août 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, ensemble la décision du 15 novembre 2023 ayant rejeté son recours gracieux.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur de fait, dès lors que la commission a rejeté sa demande au motif que son foyer ne comptait pas de personne handicapée, alors qu'elle n'avait jamais fait valoir un tel motif dans son recours amiable ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, dès lors qu'elle est en attente d'un logement social depuis 29 ans, que son logement actuel, trop petit, est inadapté à la composition familiale et à aux capacités financières de son foyer, justifiant qu'elle soit reconnue prioritaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête, faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 2 août 2023, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours amiable présenté par Mme A tendant à voir reconnaitre sa demande de logement comme prioritaire et devant être satisfaite en urgence. Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a également été rejeté le 15 novembre 2023. La requérante demande l'annulation de ces deux décisions.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitat : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. /Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap ". Ces dispositions sont complétées par celle du deuxième alinéa de l'article R. 441-14-1 du même code, qui dispose que " Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; (); -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret ". Aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.
4. En premier lieu, la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté le recours amiable de Mme A au motif que celle-ci ne pouvait utilement faire valoir que son logement était suroccupé dès lors que son foyer ne comptait ni mineur, ni personne handicapée. Mme A, qui confirme dans ses écritures que son foyer ne compte aucun mineur, ni aucune personne handicapée, ne conteste pas ce premier motif et son moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.
5. En second lieu, si la commission de médiation a reconnu que Mme A, dont la demande de logement social a été déposée en 1995, était en attente d'un logement social depuis un délai anormalement long, elle a estimé que la requérante résidait déjà dans un logement adapté à ses besoins et à ses capacités. Pour contester ce motif, Mme A soutient d'une part que ce logement de 26 m² est trop exigu pour trois personnes, elle-même, son mari et sa fille, née en 2004. Toutefois, et comme il a été dit au point précédent, la commission n'avait pas à examiner la suroccupation en l'absence de personne mineure ou handicapée dans ce logement, alors qu'en tout état de cause une surface de 26 m² est supérieure à la surface minimale de 25 m² exigé pour un foyer composé de trois personnes. De plus, Mme A ne fait état d'aucun argument spécifique justifiant que l'un ou l'autre membre de famille présente une situation exigeant une configuration particulière du logement. En outre, si Mme A soutient que le coût de ce logement excède ses capacités financières, il ressort des pièces du dossier que son loyer était d'environ 650 euros charges comprises à la date de la décision attaquée et qu'elle avait elle-même déclaré à la commission de médiation, en avril 2023 lors du dépôt de son recours amiable, que son foyer bénéficiait alors de 2 900 euros de revenus mensuels. Dès lors le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
La magistrate désignée
M. Monteagle
La greffière,
C. Mas
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision