Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402856

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant égyptien, qui contestait un arrêté préfectoral du 27 février 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pendant 24 mois. Le tribunal a estimé que la décision d'éloignement était suffisamment motivée et que le préfet avait examiné la situation personnelle du requérant. Il a jugé que la présence alléguée de plus de dix ans en France n'était pas établie et ne faisait pas obstacle à la mesure, et que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de la Convention internationale des droits de l'enfant n'étaient pas fondés. La solution s'appuie notamment sur les articles L. 611-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2024, M. B A, représenté par Me Diop, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant 24 mois ;

2°) d'enjoindre audit préfet de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est présent sur le territoire français depuis plus de dix ans ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3.1 et 7-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le risque de fuite n'a pas été suffisamment caractérisé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant 24 mois :

- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'erreur de droit, dès lors que le préfet ne s'est pas expressément prononcé sur les quatre critères prévus par la loi ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a conclu au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Froc, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A, ressortissant égyptien né le 27 juin 1980, à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant 24 mois. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée, prise au visa notamment des articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, détaille les circonstances sur lesquelles l'administration s'est fondée pour estimer que M. A pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Ainsi, la décision en litige, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, laquelle s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, doit être écarté. Par ailleurs cette motivation témoigne de ce que le préfet des Hauts-de-Seine s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; " .

4. M. A ne conteste pas qu'il se maintient irrégulièrement en France après avoir fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une mesure d'éloignement en date du 3 janvier 2022. Par suite, il se trouvait dans le cas prévu par les dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français. Est sans incidence à cet égard la circonstance, au demeurant non établie, qu'il résiderait depuis plus de dix ans en France, circonstance qui, par elle-même, ni n'emporte la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ni ne s'oppose à l'édiction d'une mesure d'éloignement.

5. En troisième lieu, Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. D'une part, si M. A soutient résider en France de manière continue depuis plus de dix ans, il ne produit aucun élément à l'appui de cette allégation. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie d'aucune insertion sociale ni professionnelle. En outre, le requérant ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, sans que cela ne soit sérieusement contesté, que M. A a été interpellé le 26 février 2024 pour des faits de menaces de mort réitérées sur conjoint, qu'il est enregistré au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et violences habituelles suivies d'incapacité supérieure à huit jours, constituant une menace à l'ordre public. Enfin, alors qu'il vit séparé de sa compagne, M. A n'établit pas participer à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants mineurs. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine, en obligeant M. A à quitter le territoire français, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation la décision attaquée au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

7. D'autre part, ainsi qu'il a été dit, si M. A se prévaut d'être père de deux enfants scolarisés en France, il ne démontre ni même n'allègue sérieusement participer à leur éducation et à leur entretien. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 de la convention internationale des droits de l'enfant : " L'enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d'acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux. Les États parties veillent à mettre ces droits en œuvre conformément à leur législation nationale et aux obligations que leur imposent les instruments internationaux applicables en la matière () ".

9. M. A ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations, qui créent uniquement des obligations entre États, sans ouvrir de droits à leurs ressortissants.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ;3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement (). ".

11. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Hauts-de-Seine a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A au regard des éléments portés à sa connaissance.

12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet le 3 janvier 2022 d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait et qu'il a déclaré lors de son audition, le 27 février 2024 par les services de police, qu'il n'envisageait pas un retour dans son pays d'origine. Il s'ensuit que la décision portant refus de délai de départ volontaire, qui est en outre suffisamment motivée, n'a pas méconnu les dispositions précitées et n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Le premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".

14. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

15. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée, que le préfet des Hauts-de-Seine a, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant, après avoir visé les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relevé que M. A ne justifie pas de liens suffisamment stables et forts sur le territoire national ni d'aucune circonstance humanitaire particulière, et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français à laquelle il ne s'est pas conformée. Dans ces conditions, et alors que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet des Hauts-de-Seine n'était pas tenu de se prononcer expressément sur chacun des quatre critères prévus par les dispositions précitées mais seulement sur ceux qu'il entendait retenir, les moyens tirés, d'une part, du défaut de motivation de la décision en cause et, d'autre part, de la méconnaissance des dispositions précitées, ne peuvent qu'être écartés.

16. D'autre part, eu égard à la situation personnelle et familiale de M. A telle que relatée au point 6, la décision portant interdiction de retour de l'intéressé sur le territoire français pour une durée de deux ans ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

E. FROC

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2402856N°24028565