jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403094 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SAMBA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 28 février 2024, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête présentée par M. B.
Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 22 décembre 2023 et 9 avril 2024, M. A B, représenté par Me Samba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée trois ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou au préfet territorialement compétent de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré régulièrement en France sous couvert d'un visa délivré par les autorités italiennes ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- est disproportionnée ;
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation.
La préfète du Val-de-Marne n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces enregistrées le 6 avril 2024.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Garona comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 9 avril 2024, ont été entendus :
- le rapport de Mme Garona, magistrate désignée,
- les observations de Me Orum, subtituant Me Samba pour M. B,
- et les observations de Me Kao, pour la préfète du Val-de-Marne.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 6 janvier 1996, a déclaré être entré en France le 1er septembre 2023. Le 21 décembre 2023, l'intéressé a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de défaut de permis de conduire, recel de bien provenant d'un vol et exercice illégal de la profession de chauffeur de VTC. Par l'arrêté attaqué du 22 décembre 2023, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise le 1° et le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique d'une part que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et d'autre part, que sa présence constitue une menace pour l'ordre public. Elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ". Aux termes de l'article 22 de la convention du 19 juin 1990 d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque partie contractante, aux autorités compétentes de la partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent () ". Aux termes de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français () sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ". Enfin, aux termes de l'article R. 621-2 de ce code : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. / () ".
5. Pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée, la préfète du Val-de Marne s'est fondée sur deux motifs tirés d'une part, de ce que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et d'autre part, que sa présence constitue une menace pour l'ordre public.
6. M. B soutient que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et conteste les faits sur lesquels la préfète du Val-de-Marne s'est fondée, tirés du défaut de permis de conduire, de recel de bien provenant d'un vol et d'exercice illégal de la profession de chauffeur VTC. Toutefois et en tout état de cause, il résulte de l'instruction que la préfète du Val-de-Marne aurait pris la même décision si elle s'était fondée uniquement sur le seul motif tiré de ce que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. En effet, si le requérant établit être entré en France, sous couvert du visa " étudiant ", valable du 22 novembre 2022 au 6 décembre 2023 délivré par les autorités italiennes, il est constant que l'intéressé n'a pas souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français exigée par les dispositions précitées. Son entrée en France n'étant, pour ce motif, pas régulière, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen doit être écarté.
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet / () ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ".
8. D'une part, si M. B soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée que la préfète du Val-de Marne se serait fondée sur ce motif pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.
9. D'autre part, si M. B soutient que le risque de fuite n'existe pas dès lors qu'il est titulaire d'un visa italien, ce moyen doit être écarté, ainsi qu'il a été dit au point 6, dès lors qu'il n'est pas entré en France régulièrement, en l'absence de souscription à la déclaration d'entrée sur le territoire français exigée par l'article 22 de la convention du 19 juin 1990 d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985.
10. En second lieu, si M. B soutient que la mesure est disproportionnée, il ne se prévaut d'aucun élément de sa situation personnelle. Par suite, le moyen ne peut être qu'écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, la décision vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne que M. B, ressortissant tunisien, n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.
12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant.
13. En dernier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence la décision fixant le pays de destination.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, la décision vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne l'entrée récente en France de M. B, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, que son comportement représente une menace pour l'ordre public et qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée alors même qu'il n'est pas fait mention d'une mesure d'éloignement antérieure.
15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant.
16. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
17. Il ressort des pièces du dossier que la présence en France du requérant est récente, qu'il ne justifie d'aucune attache familiale ou personnelle sur le territoire national, ni d'aucune insertion professionnelle. Dans ces conditions et alors même qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, ni n'aurait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, n'est disproportionnée, ni dans son principe, ni dans sa durée. Par suite, le moyen doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée trois ans. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
E. Garona La greffière,
signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026