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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2403192

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403192

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403192
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHOUKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Chouki, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 15 février 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande tendant à voir reconnue comme prioritaire et urgente au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation sa demande de logement social.

2°) d'enjoindre à la commission de médiation, à titre principal, de déclarer sa demande de logement social prioritaire et urgente ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la commission de médiation aurait pu lui demander des informations complémentaires plutôt que de rejeter son recours ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la décision attaquée ;

- la décision en date du 2 octobre 2023 par le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours () peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, (), est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ". L'article L. 441-2-3 du même code dispose que : " () II. -La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

4. Par la décision attaquée, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours amiable de Mme A tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social au motif que si la requérante avait déclaré être hébergée à l'adresse du recours et était handicapée, il ressortait de l'instruction, et notamment des éléments apportés par la caisse d'allocations familiales, qu'elle avait intégré un centre d'hébergement d'urgence situé au 3 rue Boutard à Neuilly et que, dès lors, la commission n'avait pu se prononcer en connaissance de cause.

5. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de la construction et de l'habitation applicables et fait état des éléments de fait rappelés au point 4. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation est manifestement infondé. Il en est de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation de la requérante.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II et III de l'article L.441-2-3. (). Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. La réception du dossier, dont la date fait courir les délais définis aux articles R. 441-15 et R. 441-18, donne lieu à la délivrance par le secrétariat de la commission d'un accusé de réception mentionnant la date du jour de la réception de la demande. Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. ". Il ressort des pièces du dossier que la commission de médiation a, par courrier en date du 24 novembre 2022, adressé une demande de pièces obligatoires à la requérante, qui y a d'ailleurs répondu, ainsi qu'elle y était tenue et il n'est pas établi, ni même allégué, que la commission de médiation aurait omis de demander la production d'une pièce obligatoire à la requérante. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure dont la décision attaquée serait entachée est manifestement infondé.

7. En troisième et dernier lieu, Mme A soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est handicapée et réside actuellement au CHU Croix Rouge de Clamart dans une chambre de sept mètres carrés qu'elle partage avec une autre résidente ce qui ne lui permet pas d'accueillir sa fille de 17 ans. Ce faisant, elle ne conteste pas le motif de rejet pour irrecevabilité de son recours opposé par la commission de médiation dans sa décision. Par suite, le moyen est inopérant.

8. La requête de Mme A n'étant donc assortie que de moyens de légalité externe manifestement infondés et de moyens inopérants, il y a lieu de la rejeter, dans toutes ses conclusions y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, par voie d'ordonnance par application des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. La présente ordonnance ne fait cependant pas obstacle à ce que Mme A saisisse de nouveau la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine en se prévalant, à l'appui de son recours, de tout élément de nature à établir sa situation actuelle de logement.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à Me Chouki.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 30 mai 2024.

La vice-présidente,

Signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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