Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403198

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 26 février 2024 refusant à Mme B, ressortissante marocaine, un titre de séjour "recherche d'emploi - création d'entreprise", l'obligeant à quitter le territoire et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a jugé que le préfet avait méconnu l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant que Mme B justifiait d'un diplôme de master et remplissait les conditions pour obtenir le titre. Il a également considéré que la décision de refus était entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Place, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé sa demande de changement de statut et de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, dans un délai de huit jours à compter de la notification de ce jugement, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ; contrairement à ce qui est mentionné dans l'arrêté attaqué, elle n'a pas procédé à sa demande de changement de statut le 18 octobre 2023 auprès de la préfecture du Val-de-Marne mais le 1er février 2023 ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que le refus de titre de séjour qui lui est opposé constitue un retrait de la décision créatrice de droit par laquelle la préfète du Val-de-Marne lui avait accordé le titre de séjour demandé le 24 août 2023 alors même que cette décision n'était pas illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 17 mai 2024, la clôture de l'instruction initialement fixée au 20 mai 2024 a été reportée au 4 juin suivant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, conseillère,

- et les observations de Me Sangue, substituant Me Place, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 7 juillet 1995, était titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable du 1er mars 2022 au 31 décembre 2022. Il ressort des pièces du dossier qu'elle a déposé auprès de la préfecture du Val-de-Marne, le 1er février 2023, une demande de carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est vue adresser, le 24 août 2023, plusieurs courriels dont l'un l'informait qu'une " suite favorable " avait été réservée à sa demande et que son titre de séjour était en cours de fabrication. Ultérieurement convoquée par cette préfecture, le 6 octobre 2023, la remise du titre lui a alors été verbalement refusée et elle a été invitée à déposer une nouvelle demande auprès de la préfecture de son nouveau lieu de résidence, dans les Hauts-de-Seine. Elle a procédé à nouveau à la même demande auprès du préfet des Hauts-de-Seine le 18 octobre 2023. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; / 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a refusé à Mme B la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " au motif que l'intéressée présentait à l'appui de sa demande, formée devant lui en octobre 2023, son diplôme de master en urbanisme et aménagement obtenu en novembre 2022, soit au cours de l'année universitaire 2021-2022 et que la délivrance du titre sollicité était subordonnée à l'obtention d'un diplôme au cours de l'année précédant la demande de titre. Toutefois, cette condition ne résulte d'aucun texte dès lors notamment que, depuis le 1er mai 2021 et l'abrogation des dispositions de l'ancien article R. 313-11-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'est plus exigé par aucun texte législatif ou réglementaire que l'étranger dépose sa demande dans un délai d'un an à compter de l'obtention de son diplôme. En outre, il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine ne pouvait ignorer que Mme B avait déjà formulé sa demande auprès de la préfète du Val-de-Marne le 1er février 2023. Par suite, en opposant la condition précitée à Mme B, le préfet des Hauts-de-Seine a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ainsi commis une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 26 février 2024 en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique nécessairement, dès lors qu'il n'est pas contesté que Mme B remplit les autres conditions fixées par l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'autorité compétente lui délivre un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " et mette en œuvre la procédure de retrait de son signalement dans le système d'information Schengen. Il y a dès lors lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent compte-tenu du lieu de résidence de Mme B, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, et de la munir dans cette attente, dans un délai de quinze jours à compter de cette notification, d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 26 février 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de Mme B, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi et création d'entreprise " et de mettre en œuvre la procédure de retrait de son signalement dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi que de la munir dans cette attente, dans un délai de quinze jours à compter de cette notification, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :

Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.