Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403275

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise refusait un titre de séjour à M. A, ressortissant malien, et l'obligeait à quitter le territoire. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a relevé que M. A justifiait d'une présence continue de neuf ans en France et d'une insertion professionnelle stable et significative, notamment par un contrat à durée indéterminée et de nombreux bulletins de salaire. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 07 et 08 mars et 17 juin 2024, M. B A, représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à défaut, de réexaminer sa situation administrative, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et personnalisé de sa demande ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 114-5 et L. 114-8 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise confirme la décision contestée et produit les pièces du dossier en sa possession.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquelin, rapporteur ;

- et les observations de Me Bulajic, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, né le 19 décembre 1991, déclare être entré en France le 20 juillet 2014, démuni de tout visa. Il a sollicité le 14 janvier 2022 son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté litigieux du 12 février 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

3. Pour refuser l'admission au séjour du requérant, le préfet s'est fondé sur l'insuffisance de la durée de sa présence en France, de ce que la réalité et la pérennité de son emploi ne sont pas démontrées, ainsi que sur l'avis défavorable du 20 novembre 2023 rendu par la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère à la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur. Toutefois, d'une part, le requérant, en produisant pour les années 2014 à 2023 de nombreuses pièces et particulièrement des avis d'impôts, des extraits de comptes bancaires faisant état d'opérations sur son compte, des ordonnances médicales, établit une durée de présence significative en France, à savoir neuf ans à la date de la décision attaquée. D'autre part, l'intéressé établit avoir travaillé en tant qu'ouvrier, dans le cadre de contrats d'intérimaires, de mai 2019 à novembre 2021, puis à temps complet en tant que préparateur de commandes pour le compte de l'entreprise QAPA Staffing, de décembre 2021 à février 2022. Il démontre également exercer en tant que poseur dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée signé le 1er mars 2022, soit une durée de travail total de quatre ans et neuf mois à la date de la décision attaquée, et notamment pendant la période de la crise sanitaire. En outre, l'intéressé justifie de 56 bulletins de salaires à la date de la décision attaquée. Il produit également une attestation d'assiduité de la mairie de Paris pour des formations en français pour adulte et un certificat de compétences en français. De plus, l'attestation établie par son employeur du 21 février 2024 mentionne que M. A un très bon élément, courageux et impliqué dans son travail. Enfin, si la plate-forme interrégionale de la main d'œuvre étrangère a rendu un avis défavorable sur la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur, au demeurant en raison de l'incomplétude du dossier, cet avis ne constitue qu'un élément d'appréciation parmi d'autres pouvant être pris en compte par le préfet dans l'examen d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par le travail. En l'espèce, compte tenu des éléments ainsi exposés de sa situation, le requérant établit l'existence de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 précitées. Par suite, le préfet du Val-d'Oise, en refusant de procéder à la régularisation du séjour de l'intéressé au titre du travail, a entaché sa décision d'une appréciation manifestement erronée de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 précitées.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 12 février 2024 en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement, eu égard au motif de l'annulation prononcée, implique que le préfet du Val-d'Oise délivre à M. A un titre de séjour mention " salarié ". Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à cette délivrance, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement à M. A de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du Préfet du Val-d'Oise du 12 février 2024 est annulé en toutes ses dispositions.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. A un titre de séjour salarié dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

G. Jacquelin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2403275