Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403294

mardi 30 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine refusait un titre de séjour à Mme B, ressortissante algérienne, et l'obligeait à quitter le territoire. La décision a été jugée entachée d'un défaut d'examen personnalisé, le préfet n'ayant pas pris en compte les violences conjugales dénoncées par la requérante et la plainte déposée, éléments susceptibles d'influer sur le maintien de la communauté de vie. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai de deux mois et de délivrer une autorisation provisoire de séjour. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mars 2024 et le 20 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Mileo, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder à un réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 776-20 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen personnalisé de sa demande ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, Préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Debourg, conseillère,

- les observations de Me Moller, substituant Me Mileo et représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 6 novembre 2001, est entrée sur le territoire français 7 mars 2023 sous couvert d'un visa C " famille de français ". Le 20 avril 2023, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité de conjointe de français. Par l'arrêté litigieux du 29 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le certificat de résidence sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité en qualité de conjointe de ressortissant français à la requérante, le préfet a estimé que la communauté de vie effective entre les époux était rompue. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des courriels adressés aux services préfectoraux que la requérante établie avoir indiqué avoir quitté le domicile conjugal en raison de violences conjugales pour lesquelles elle a déposé une plainte le 29 juillet 2023, toujours en cours d'instruction, et ce, préalablement à l'édiction de la décision. Or, en ne mentionnant ni les violences conjugales dénoncées par la requérante, ni l'existence d'une plainte, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'un défaut d'examen susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de sa décision.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

4. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais du litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 janvier 2024 du Préfet des Hauts-de-Seine est annulé en toutes ses dispositions.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de Mme B dans un délai de deux mois courant à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2403294