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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2403330

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403330

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPARASTATIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 mars et 25 juin 2024, sous le numéro 2403330, M. E A, représenté par Me Parastatis, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Parastatis, avocate du requérant, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) aurait été régulièrement émis ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 mars et 25 juin 2024, sous le numéro 2403331, Mme D épouse A, représentée par Me Parastatis, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Parastatis, avocate de la requérante, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) aurait été régulièrement émis ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le 5 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise a produit les pièces utiles au dossier.

Par deux décisions en date des 15 juillet 2024 et 26 août 2024, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A et Mme D, épouse A ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux,

- et les observations de Me du Rosel de Saint-Germain, substituant Me Parastatis, avocat de M. A et Mme D, épouse A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme D, épouse A, ressortissants algériens nés respectivement le 28 décembre 1977 et le 4 août 1983, sont entrés en France le 22 mai 2022, sous couvert d'un visa Schengen à entrées multiples pour l'Espagne, valable du 26 décembre 2021 au 26 juin 2022. Ils ont sollicité le 11 juillet 2023 la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'accompagnant d'enfant malade sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par les présentes requêtes, M. A et Mme D, épouse A, demandent au tribunal l'annulation des arrêtés en date du 19 février 2024 par lesquels le préfet du Val-d'Oise a pris à leur encontre une décision de refus de certificat de résidence, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de destination.

2. Les requêtes susvisées enregistrées sous les numéros 2403330 et 2403331 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de certificat de résidence :

3. En premier lieu, les décisions attaquées visent notamment les dispositions de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionnent également différents éléments de la situation personnelle et familiale des requérants, ainsi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 23 novembre 2023. Elles contiennent ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet du Val-d'Oise pour refuser leur demande de certificat de résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des requérants au regard de leur droit au séjour avant de prendre les décisions attaquées. Par suite, les moyens invoqués par M. A et Mme D, épouse A, tirés de l'absence d'examen de leur situation personnelle et de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office () transmet son rapport médical au collège de médecins. Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". L'article R. 425-13 du même code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

5. Si les requérants contestent, sans précision, la régularité de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII concernant leur fille B, il ressort toutefois des pièces du dossier que le rapport médical, prévu par les dispositions de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, a été établi le 13 septembre 2023 par le docteur G, et transmis le 29 septembre 2023 à un collège composé des docteurs Levy-Attias, Quilliot et Delprat-Chatton, régulièrement désignés par une décision du directeur général de l'OFII du 25 juillet 2023. Le collège des médecins a rendu son avis après délibération du 23 novembre 2023. Cet avis mentionne clairement l'identité des trois médecins le composant, permettant ainsi d'établir que le médecin rapporteur n'y figurait pas. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'OFII manque en fait et doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ; () ".

7. D'une part, les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par suite, le moyen, à le supposer soulevé est inopérant. D'autre part, cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade.

8. Il ressort des pièces du dossier que la fille des requérants, née le 29 janvier 2016 et prénommée B, est atteinte d'une surdité profonde et qu'elle a bénéficié de la pose d'un implant cochléaire droit en juin 2018 en Algérie et de la pose d'un implant cochléaire gauche en France le 19 décembre 2023. Le préfet du Val-d'Oise mentionne dans son arrêté que le collège des médecins de l'OFII conclut dans son avis du 23 novembre 2023 que l'état de santé de la jeune B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. M. A et Mme D, épouse A, produisent une décision du 11 janvier 2023 par laquelle la maison départementale des personnes handicapées du Val-d'Oise leur a notamment accordé l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé, reconnaissant à l'enfant B un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80% et que l'accueil dans un institut pour déficients auditifs apportera à cette dernière un soutien dans les apprentissages, ainsi que des certificats et comptes-rendus médicaux qui décrivent essentiellement l'état et le parcours médical de leur fille B, et enfin un certificat médical du Dr C, praticien hospitalier dans le service ORL de l'hôpital Necker, établi pour la cause postérieurement à l'arrêté en litige, indiquant que l'implantation cochléaire effectuée " nécessite une prise en charge spécifique avec une rééducation orthophonique intensive et des réglages d'implantation cochléaire qui ne peuvent avoir lieu dans son pays d'origine et qui nécessite qu'elle reste en France ". Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature à remettre en cause les conclusions du collège des médecins de l'OFII aux termes duquel le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus./ (). "

10. Il ressort des pièces du dossier que la présence en France des requérants, qui ne justifient d'aucune insertion sociale ou professionnelle, est récente et qu'ils ne justifient pas être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où M. A a vécu jusqu'à l'âge de quarante-quatre ans et Mme D, épouse A, jusqu'à l'âge de trente-huit ans. Par ailleurs, les requérants ne démontrent pas que la cellule familiale qu'ils forment avec leurs quatre enfants tous nés en Algérie, ne pourrait pas se reconstituer dans ce pays, compte tenu de ce qui a été dit au point 10. Dans ces conditions, les décisions en litige n'ont pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et n'ont, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, elles ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle ou familiale.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les décisions de refus de certificat de résidence ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, M. A et Mme D, épouse A, ne peuvent se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions, pour demander l'annulation des décisions les obligeant à quitter le territoire français.

12. En second lieu, pour les motifs exposés au point 12, les obligations de quitter le territoire français ne peuvent être regardées comme portant une atteinte disproportionnée au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, elles ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle ou familiale.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. A et Mme D, épouse A, doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. A et de Mme D, épouse A, sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, Mme F D, épouse A, et au préfet du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Beauvironnet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

E. Chaufaux

La présidente,

signé

S. EdertLe greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2403331

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