Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403363

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en formation sociale, a rejeté la requête de M. B. Ce dernier demandait l'annulation de la décision du 17 janvier 2024 par laquelle la commission de médiation des Hauts-de-Seine avait refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement. Le tribunal a jugé que, malgré sa situation d'hébergement chez sa mère puis en logement d'urgence, M. B ne justifiait pas remplir les conditions légales pour être reconnu prioritaire au sens des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, une régularisation, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 4 mars 2024, 3 avril 2024, 6 mai 2024 et le 10 juin 2024, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision en date du 17 janvier 2024 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.

Il soutient que :

- il est hébergé avec son épouse et ses trois enfants chez sa mère qui leur demande de quitter le logement ;

- il a été expulsé avec sa famille depuis la date de la décision attaquée et qu'ils occupent désormais un hébergement d'urgence, insalubre, qu'ils doivent quitter.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen soulevé n'est fondé.

Vu

- la décision attaquée ;

- les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue urgente et prioritaire en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 17 janvier 2024, la commission de médiation a rejeté son recours amiable. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y'a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; () - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; () -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

4. Par ailleurs, le requérant peut présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

5. Pour refuser de faire droit au recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgente de la demande de logement social présentée par M. B, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a estimé que l'intéressé ne justifiait pas de ses conditions d'hébergement et que la situation de suroccupation alléguée n'était pas établie.

6. Or, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. B était hébergé, avec sa famille composée de sa femme et de leurs deux enfants nés en 2021 et 2023, chez sa mère. Il ressort également des pièces du dossier que la mère du requérant souhaitait mettre fin à cette cohabitation ainsi que le démontrent les termes du courrier que cette dernière a rédigé à l'attention de son fils dès le 5 octobre 2022 indiquant, qu'au vu des conditions et de la durée de cette cohabitation, cette dernière souhaitait y mettre fin. Il ressort par ailleurs des pièces produites par le requérant, et notamment de l'attestation de prise en charge par le service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) des Hauts-de-Seine du 29 avril 2024 faisant état d'appels de M. C le 27 avril 2024 et de la convention de domiciliation au centre communal d'action sociale de la commune de Vanves conclue le 22 mai 2024, que la cohabitation a, depuis lors, effectivement pris fin, laissant le requérant et sa famille sans solution de relogement. Il résulte dès lors de ce qui précède, et notamment des pièces produites par le requérant qui, même postérieures à la décision attaquée, peuvent être prises en compte dès lors qu'elles se bornent à venir attester d'une situation de fait établie au jour de la décision attaquée, qu'à cette date, M. B était effectivement hébergé par un ascendant mais que les conditions de fait de cette cohabitation, conflictuelle et non pérenne, ne permettaient pas de la regarder comme adaptée à sa situation. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision en date du 17 janvier 2024 par laquelle la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social.

D É C I D E :

Article 1er : La décision en date du 17 janvier 2024 par laquelle la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté le recours gracieux de M. B tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.