Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403366
lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403366 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, une régularisation et un mémoire en réplique, enregistrés les 4 mars 2024, 4 avril 2024 et 7 juin 2024, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision en date du 31 janvier 2024 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social.
Elle soutient que les demandes de pièces obligatoires n'ont jamais été reçues, l'adresse mail à laquelle elles ont été envoyées étant erronée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les demandes de pièces obligatoires ont bien été envoyées à l'adresse mail renseignée par la requérante elle-même, dont elle a accusé réception et auxquelles cette-dernière n'a pas répondu.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue urgente et prioritaire en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision en date du 31 janvier 2024, la commission de médiation a rejeté son recours amiable. Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir ". Aux termes du premier alinéa du II de l'article L. 441-2-3 du même code : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () ". Aux termes de l'article R. 441-14 du même code : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l'article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d'un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l'objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d'hébergement du demandeur. Elle comporte, selon le cas, la mention soit de la demande de logement social déjà enregistrée assortie du numéro unique d'enregistrement attribué au demandeur, sauf justification particulière, soit de la ou des demandes d'hébergement effectuées antérieurement. Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. La réception du dossier, dont la date fait courir les délais définis aux articles R. 441-15 et R. 441-18, donne lieu à la délivrance par le secrétariat de la commission d'un accusé de réception mentionnant la date du jour de la réception de la demande. Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. () ".
3. Pour rejeter comme irrecevable le recours amiable formé par Mme A, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a relevé que, malgré les demandes de pièces obligatoires adressées à la requérante par le service instructeur, la requérante n'avait pas produit les pièces justificatives de sa situation, notamment celles relatives à sa situation financière et à celle des personnes composant son foyer. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment de celles produites par le préfet en défense, que, dans le formulaire Cerfa adressé à la commission de médiation, Mme A avait renseigné son adresse mail comme étant " mitpl1990@gmail.com " et que les demandes de pièces du service instructeur ont été envoyées à l'adresse suivante " mitol1990@gmail.com ". Ainsi, les demandes de pièces complémentaires ayant été envoyées à la mauvaise adresse, Mme A n'a jamais été informée de l'incomplétude de son dossier et de la nécessité d'adresser d'autres documents à la commission de médiation. Par conséquent, Mme A est fondée à soutenir qu'en rejetant son recours comme irrecevable au motif qu'elle n'aurait pas produit les pièces justificatives manquantes, la décision de la commission de médiation est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.
4. Il résulte de tout ce qui précède que la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine en date du 31 janvier 2024 doit être annulée.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 31 janvier 2024 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours de Mme A tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
H. Lepetit-Collin La greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403366