Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403474
jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403474 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Bouzalgha, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, à défaut, de lui verser directement la somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors, d'une part, que l'avis de la commission du titre de séjour n'a pas été produit par le préfet, et, d'autre part, que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas été saisi ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 425-1 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à ces égards, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à ces égards, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une décision du 29 janvier 2024, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Cordary, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise née en 1956, déclare être entrée sur le territoire français le 29 mai 2013. Le 27 août 2018, elle a sollicité son admission au séjour en qualité d'étrangère malade, sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêt n° 20VE02786 du 25 novembre 2021, la cour administrative d'appel de Versailles a annulé le jugement n° 2003486 du 17 septembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 août 2019 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par ce même arrêt, la cour administrative d'appel de Versailles a enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la demande de Mme A à la suite d'une nouvelle instruction complète. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a à nouveau refusé de l'admettre au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour refuser d'admettre Mme A au séjour, le préfet du Val-d'Oise a considéré que la demande de séjour du 2 février 2022 était nouvelle et fondée sur les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la cour administrative d'appel de Versailles a enjoint au préfet du Val-d'Oise, dans l'arrêt mentionné au point 1 ci-dessus, de réaliser une " nouvelle instruction complète " de la situation de Mme A, qui avait fondée sa demande initiale de titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11, L. 425-9, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet du Val-d'Oise aurait dû saisir le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) afin de procéder à un réexamen complet de la situation de Mme A. A défaut, l'arrêté attaqué a été pris aux termes d'une procédure irrégulière qui a privé la requérante d'une garantie.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête qui n'apparaissent pas, en l'état de l'instruction, de nature à fonder une annulation, que la décision portant refus d'admission au séjour de Mme A doit être annulée. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
4. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen complet de la situation de Mme A en saisissant le collège des médecins de l'OFII, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a seulement lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Bouzalgha, conseil de Mme A, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Les décisions du 30 octobre 2023 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande d'admission au séjour de Mme A et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de Mme A en saisissant pour avis le collège des médecins de l'OFII, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Bouzalgha, conseil de Mme A, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Les conclusions de Mme A sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Bouzalgha, son conseil, et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CORDARY
La présidente,
Signé
C. ORIOLLa greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière