Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403569
vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403569 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mars 2024, Mme A C, représentée par Me Michel, avocat, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme C soutient que :
les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :
- ont été prises par une autorité incompétente ;
- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
la décision fixant le pays de destination :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui a produit l'ensemble des pièces relatives au dossier.
Par une décision en date du 13 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Schneider, première conseillère ;
- et les conclusions de M. Villette, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante syrienne, a présenté au préfet du Val-d'Oise, le 27 mars 2023, une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et fixé le pays de destination. Mme C demande au Tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme E F, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration à la préfecture du Val-d'Oise, qui, en vertu de l'arrêté du préfet de ce département n° 23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le Val-d'Oise, disposait d'une délégation pour signer toute décision relative à la délivrance d'un titre de séjour ou toute obligation de quitter le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D B, directeur des migrations et de l'intégration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier n'aurait pas été absent ou empêché lorsque l'arrêté dont Mme C demande l'annulation a été signé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté comme manquant en fait.
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. Mme C fait notamment valoir au soutien de sa demande d'admission au séjour qu'elle est entrée en France le 14 octobre 2019, à l'âge de 20 ans, qu'elle entretient des liens forts avec ce pays du fait que sa sœur et son beau-frère, tous deux de nationalité française, y vivent, de même que ses parents et compatriotes, qui disposent d'un titre de séjour en cours de validité. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que Mme C est dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, qu'elle a quitté à l'âge de 12 ans, elle est entrée en France très récemment, et admet avoir vécu en Egypte entre 2012 et 2019, où résident toujours deux de ses sœurs. En outre, la requérante ne peut utilement se prévaloir de son mariage avec un ressortissant français, intervenu postérieurement à la date de la décision attaquée. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de Mme C en France, le préfet du Val-d'Oise n'a, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, méconnu ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. Mme C invoque à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, les mêmes éléments que ceux exposés au soutien de ses moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4, Mme C ne justifie pas, à la date de la décision attaquée, de circonstances exceptionnelles ou de motifs exceptionnels de nature à permettre une admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a refusé d'accorder à Mme C le bénéfice des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cependant, le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que Mme C, si elle s'y croit fondée, présente au préfet territorialement compétent une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 du présent jugement qu'en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et invoqué, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
8. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont exposés aux points 2 à 6 du présent jugement, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :
9. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que Mme C est obligée de quitter le territoire français pour rejoindre le pays dont elle possède la nationalité, ou, avec son accord, un pays dans lequel elle est légalement admissible. Toutefois, eu égard aux risques auxquels la requérante serait exposée en cas de retour dans le pays dont elle a la nationalité, Mme C est fondée à soutenir qu'en fixant la Syrie comme pays de destination, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2023 en tant qu'il fixe la Syrie comme pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui annule la décision du préfet du Val-d'Oise fixant la Syrie comme pays de destination, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de Mme C ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme C présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise est annulé en tant qu'il fixe la Syrie comme pays à destination duquel Mme C est susceptible d'être reconduite.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Gabez, première conseillère, et Mme Schneider, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
S. SCHNEIDER
Le président,
signé
K. KELFANI
La greffière,
signé
L. GAIGNON
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.