Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403665
mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 mars 2024, le 9 juin 2024 et le 19 juillet 2024, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 11 juin 2024, M. A B, représenté par Me Morin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 12 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder sans délai à la suppression du signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 alors même que le refus de séjour dont il avait fait l'objet par décision du 15 septembre 2023 a été abrogé ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien en vertu duquel il peut bénéficier d'un titre de plein droit dès lors qu'il réside en France depuis plus de 10 ans.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors que la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet a été abrogée.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 31 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance en date du 22 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Moinecourt, conseillère,
- et les observations de Me Morin, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 25 juin 1983, indique être entré sur le territoire français le 6 mai 2013. Il a bénéficié d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de français qui a expiré le 25 juin 2022, et dont le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement par un arrêté du 15 septembre 2022 portant également obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas été exécutée. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 12 mars 2024, pris sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ". Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Ainsi le requérant peut-il utilement faire valoir à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français en litige qu'il satisferait aux conditions posées par les stipulations précitées.
3. M. B a produit, au titre de la période de dix ans précédant l'arrêté en litige, et à partir de 2013, de nombreux documents parmi lesquels figurent notamment de multiples ordonnances de prescriptions médicales, des comptes rendus d'examens ayant nécessité sa présence sur le territoire, des relevés et documents bancaires faisant apparaître des opérations nécessitant sa présence physique et des avis d'imposition sur le revenu. Il établit, par les nombreuses pièces diverses et concordantes produites, et notamment par l'attestation de M. M., ancien commissaire divisionnaire, en date du 25 mars 2024 aux termes de laquelle que M. B est associé d'une station-service à Boulogne-Billancourt depuis 2016, résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté contesté. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'il ne pouvait légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "
6. En application de ces dispositions, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, d'une part, de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans cette attente, dans un délai de quinze jours, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et, d'autre part, de faire procéder, dans un délai de deux mois, à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1 : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 12 mars 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de M. B, d'une part, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans cette attente, dans un délai de quinze jours à compter de cette notification, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et, d'autre part, de faire procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :
Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Drevon-Coblence, présidente,
Mme C et Mme Moinecourt, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
L. Moinecourt
La présidente,
signé
E. Drevon-CoblenceLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.