Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403698
mardi 30 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403698 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 mars 2024 et 26 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Monconduit, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans un délai de sept jours, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'erreurs de fait révélant un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen de sa demande au regard des articles L. 423-3 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le Préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Debourg, conseillère ;
- les observations de Me Cabral de Brito, substituant Me Monconduit et représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante congolaise née le 9 janvier 1981 à Kinshasa, est entrée sur le territoire français le 21 juin 2014 selon ses déclarations. Elle a été mise en possession d'une carte de séjour valable du 31 mai 2022 au 30 mai 2023 portant la mention " vie privée et familiale ". Le 14 juin 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté litigieux du 15 février 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". Aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie. / () ". Ces dispositions ont créé un droit particulier au séjour au profit des personnes victimes de violences conjugales ayant conduit à la rupture de la vie commune avec un conjoint de nationalité française, alors même qu'aucune suite judiciaire n'a été donnée à la plainte pénale, il appartient au juge administratif, saisi du refus de titre, d'apprécier si l'existence de violences conjugales est corroborée par d'autres éléments du dossier qui lui est soumis.
3. Pour refuser la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme B, le préfet a retenu qu'elle était séparée de son époux et que la main-courante déposée le 28 octobre 2021 a été classée sans suite.
4. Toutefois, dans le cadre de la présente instance, Mme B fait valoir qu'elle a subi des violences conjugales ayant conduit à la rupture de la communauté de vie avec son conjoint de nationalité française. Au soutien de cette allégation, elle produit une main-courante déposée le 28 octobre 2021 dans laquelle elle relate les violences psychologiques, physiques et sexuelles qu'elle a subies. En outre, elle produit également un procès-verbal de la police établi le 3 novembre 2021 dans le cadre de l'enquête de voisinage selon les termes duquel une voisine indique avoir entendu une dispute chez le couple et que Mme B " suppliait son mari d'arrêter ", alors que son mari la menaçait pour obtenir des relations sexuelles. Elle produit également des procès-verbaux d'audition de proches auxquelles elle s'est confiée sur les violences subies, qui témoignent des propos relatés, dont l'une d'elle indique qu'elle a déjà vu une arme à feu chez son ex-époux, ce dont atteste également la fille de l'ex-mari de la requérante. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance qu'aucune suite judiciaire n'a été donnée à la plainte de Mme B, les faits dénoncés sont corroborés par les autres éléments probants produits dans le cadre de l'instance. Par suite, en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise a méconnu les dispositions précitées.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 février 2024 en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'exécution de la présente décision implique nécessairement qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à Mme B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation temporaire de séjour assortie d'une autorisation de travail.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative
D É C I D E :
Article 1 : L'arrêté du 15 février 2024 du préfet du Val-d'Oise est annulé en toutes ses dispositions.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation temporaire de séjour assortie d'une autorisation de travail.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
M. Jacquelin, premier conseiller ;
Mme Debourg, conseillère ;
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
T. Debourg
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
H. Mofid
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°2403698