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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2403710

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403710

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème Chambre
Avocat requérantWEYL-TAULET-AROUI-PIRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. C... visant à annuler l'arrêté préfectoral lui interdisant d'exercer en tant qu'éducateur sportif pour un an. Le tribunal a estimé que la procédure contradictoire avait été respectée et que les faits reprochés (comportement déplacé à connotation intime envers une pratiquante) étaient suffisamment établis pour justifier la sanction au regard de l'article L. 212-13 du code du sport. La juridiction a considéré que l'interdiction prononcée n'était pas disproportionnée au regard de l'objectif de protection de la sécurité morale des pratiquants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mars 2024 et 9 mars 2026, M. B... C..., représenté par Me Taulet, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 21 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a interdit d’exercer les fonctions mentionnées à l’article L. 212-1 du code du sport pour une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à la suppression de la mention de cette sanction de son dossier administratif ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un vice de procédure ;
- il est entaché d’erreurs de fait ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation ;
- la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée.


Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2026, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code du sport ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. d’Argenson ;
- les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Aroui, représentant M. C....

Le préfet des Hauts-de-Seine n’était ni présent, ni représenté.


Considérant ce qui suit :

1. M. B... C... exerce la profession de professeur d’éducation physique et sportive titulaire depuis l’année 2003. Parallèlement, depuis octobre 2018, il était employé par l’association Profession Sport 92 en tant qu’éducateur sportif et mis à la disposition du Pôle Léonard de Vinci, établissement d’enseignement supérieur sis à Courbevoie, pour exercer comme entraîneur de volley-ball. À la suite d’une plainte pénale d’une pratiquante déposée le 17 décembre 2022 pour harcèlement sexuel sur la période d’octobre à décembre 2022, le pôle Léonard de Vinci a mis fin à la convention de mise à disposition de M. C... en janvier 2023, et son contrat a pris fin par rupture conventionnelle avec son employeur en mars 2023. A l’issue d’une enquête administrative et de la saisine de la commission prévue par l’article L. 212-13 du code du sport, le préfet des Hauts-de-Seine a, par un arrêté du 21 décembre 2023, prononcé à l’encontre de M. C... une interdiction d’exercer les fonctions d’éducateur sportif pour une durée d’un an. Dans la présente instance, M. C... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article L. 212‑13 du code du sport : « L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 ou d'intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d'activités physiques et sportives mentionnés à l'article L. 322-1. / L'autorité administrative peut, dans les mêmes formes, enjoindre à toute personne exerçant en méconnaissance des dispositions du I de l'article L. 212-1 et des articles L. 212-2 et L. 322-7 de cesser son activité dans un délai déterminé. / Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées. Toutefois, en cas d'urgence, l'autorité administrative peut, sans consultation de la commission, prononcer une interdiction temporaire d'exercice limitée à six mois. (…) ».

3. M. C... soutient que ses droits de la défense n’ont pas été respectés dès lors qu’il n’a pas eu connaissance, préalablement à la tenue de la procédure contradictoire, de la plainte dont il a fait l’objet le 17 décembre 2022, alors que l’arrêté en litige se fonde sur cette plainte. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les termes de cette plainte ont été réitérés par la plaignante dans son audition du 20 janvier 2023 par le service départemental à la jeunesse, à l’engagement et aux sports et ont été exposés à M. C... dans la cadre de la procédure contradictoire et des auditions dont il a fait l’objet les 14 juin 2023 et 6 décembre 2023. M. C... a ainsi pu utilement en prendre connaissance et en discuter la matérialité avant l’intervention de la décision en litige. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.

4. Pour interdire à M. C... d’exercer son activité professionnelle pour une durée d’un an, le préfet des Hauts-de-Seine s’est fondé sur la circonstance que l’intéressé avait eu un comportement déplacé à connotation intime envers une pratiquante de volley-ball de 22 ans, membre de l’équipe dont il assurait l’encadrement. Il est lui est notamment reproché d’avoir évoqué avec elle son couple libre, d’avoir eu des gestes tactiles, d’avoir cherché à isoler cette pratiquante, de lui avoir posé des questions intrusives et de lui avoir imposé une présence insistante, ce qui a eu pour effet de provoquer chez elle un sentiment de peur et de harcèlement qui l’ont conduite à porter plainte le 17 décembre 2022. En défense, l’intéressé soutient que ces agissements ont été sortis de leur contexte ou partiellement déformés, ont été mal interprétés, sont la manifestation de son empathie et de sa bienveillance ou relevaient de pratiques habituelles et techniques en milieu sportif. Il fait également valoir que l’enquête administrative ne s’appuie sur aucun autre témoignage que celui de la plaignante, que la plainte pénale qu’elle a déposée a été classée sans suite, sans même qu’il ait été auditionné, et qu’il n’a jamais fait l’objet d’un signalement en tant que professeur A... en vingt années de carrière. Toutefois, il ressort des termes concordants et circonstanciés de la plainte pénale et de l’audition de la plaignante du 20 janvier 2023 que les faits susmentionnés, qui ne sont, pour l’essentiel, pas sérieusement contestés par M. C... dans ses auditions, doivent être regardés comme matériellement établis et caractérisent un comportement inapproprié à connotation intime qui n’a pas lieu d’être dans le cadre d’un rapport d’autorité et de confiance entre un éducateur sportif et une pratiquante, et qui a, en l’espèce, mis en danger la santé et la sécurité morale de la plaignante. L’arrêté attaqué n’est donc entaché d’aucune erreur de fait.

5. Si l’intéressé soutient que son contrat d’éducateur sportif de volley-ball avait pris fin dès janvier 2023, qu’il avait donc cessé d’être en contact depuis cette date avec la plaignante et qu’il ne représentait en aucun cas un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale de cette pratiquante ou des autres pratiquantes au moment de l’intervention de l’interdiction d’exercer en litige du 21 décembre 2023, il ressort de l’audition de M. C... du 14 juin 2023 menée par le service départemental à la jeunesse, à l’engagement et aux sports et de celle menée le 6 décembre 2023 par la formation spécialisée du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative, que l’intéressé minimise les faits qui lui sont reprochés, se victimise et normalise son comportement, traduisant par là un positionnement inadapté à ses fonctions qui persistait à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, en estimant que le comportement de M. C... représentait toujours un danger pour la santé et la sécurité morale des pratiquants et en prononçant à son encontre, pour ce motif, une interdiction d’exercer, qui n’est pas une sanction, le préfet des Hauts-de-Seine n’a pas commis d’erreur d’appréciation, la durée d’une année de cette interdiction n’étant pas disproportionnée par rapport à l’objectif de protection poursuivi par cette mesure.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée dans toutes ses conclusions.





D É C I D E :


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet des
Hauts-de-Seine.


Délibéré après l'audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
Mme Sénécal, première conseillère,
Mme Koundio, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.


Le président-rapporteur,
signé
P.-H. d'Argenson
L’assesseur le plus ancien dans l’ordre du tableau,
signé
I. Sénécal


La greffière,


signé

V. Ricaud


La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.




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