Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403724

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant indien, qui contestait un arrêté du préfet du Val-d'Oise refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a estimé que la décision de refus était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen personnalisé de la situation du requérant. Il a également jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de l'absence de visa long séjour, de contrat de travail visé et de la situation familiale de l'intéressé. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A, y compris celles relatives à l'injonction et aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les

15 mars, 17 et 19 juin 2024, M. B A, représenté par Me Badani demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2024, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande tendant à obtenir un titre de séjour salarié ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, conseillère ;

- et les observations de Me Boudjema substituant Me Badani, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant indien né le 22 février 1986, serait entré en France en novembre 2010, selon ses déclarations. Le 6 février 2023, il a sollicité, auprès du préfet du Val-d'Oise, son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 12 février 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application et notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A particulièrement les éléments sur lesquels le préfet du Val-d'Oise s'est fondé pour refuser de lui délivrer le titre qu'il sollicitait et refuser également de l'admettre exceptionnellement au séjour en qualité de salarié tirés de ce que M. A est dépourvu de visa long séjour et d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, qu'il n'établit pas la réalité et la pérennité de son emploi dès lors que s'il déclare travailler depuis le 1er juillet 2021 et dispose à ce titre de bulletins de salaire et d'une autorisation de travail, il ne figure toutefois pas sur les déclarations sociales nominatives transmises par son employeur. Le préfet mentionne également qu'il est célibataire, sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et qu'ainsi la décision de refus de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement et est, dès lors, suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation de celle-ci doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.

7. Pour refuser d'admettre exceptionnellement au séjour M. A en qualité de salarié, le préfet du Val-d'Oise, qui a donc examiné la demande du requérant à ce titre, a estimé qu'il ne démontrait pas la réalité et de la pérennité de son emploi, dès lors que s'il déclare travailler depuis le 1er juillet 2021 et dispose à ce titre de bulletins de salaire et d'une autorisation de travail, il résulte d'un courrier de l'Union des recouvrements des cotisations sociales et d'allocations familiales (URSSAF) qu'il ne figure toutefois pas sur les déclarations sociales nominatives transmises par son employeur. Il ressort des pièces du dossier que si M. A établit, par les pièces qu'il produit, être employé en contrat à durée indéterminée, depuis le 1er juillet 2021, en qualité d'électricien, il ne justifie ainsi d'une ancienneté professionnelle que d'environ deux ans et demi à la date de l'arrêté attaqué laquelle n'est pas suffisamment ancienne. Dès lors, le préfet du Val-d'Oise a ainsi pu, prendre la décision attaquée sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur de fait ni une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 précitées. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 12 février 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que demande M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

Mme Fabas, conseillère,

Mme Debourg, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

L. Fabas

La présidente,

signé

H. Le GrielLa greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.