Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403730

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise (9ème chambre) a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait un arrêté du préfet du Val-d'Oise refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, de défaut d'examen sérieux, et d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue confirme la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2024, M. C B, représenté par Me Gabbay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.

Par une ordonnance du 1er juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, conseillère ;

- et les observations de Me Gabbay, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant marocain, né le 14 août 2000 est entré sur le territoire français le 24 juillet 2017 muni d'un visa Schengen valable du 18 juillet au 1er octobre 2017. Il a sollicité, le 30 mars 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 15 février 2024 attaqué, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A, directeur des migrations et de l'intégration, les décisions portant refus de titre de séjour. Il n'est pas établi que M. A n'était ni absent, ni empêché, à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B. S'il indique, à tort, que celui-ci a introduit sa demande de titre le 7 septembre 2022 alors que M. B a déposé sa demande le 30 mars 2022, cette erreur de fait n'a d'incidence ni sur l'examen qu'a fait le préfet du Val-d'Oise du dossier de M. B ni sur la légalité de la décision attaquée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.

6. Pour refuser d'admettre exceptionnellement au séjour M. B au titre de sa vie privée et familiale, le préfet du Val-d'Oise a estimé qu'il ne ressortait pas de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle ou familiale qu'il puisse bénéficier d'une mesure de régularisation dès lors, notamment, qu'il n'est pas isolé dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français alors qu'il était mineur et y réside de façon continue depuis plus de six ans. Toutefois, il est célibataire, sans charge de famille, et si quelques membres de sa famille résident régulièrement sur le territoire français, notamment son oncle chez qui il réside, ses cousines, sa sœur et sa grand-mère, il ressort de la fiche de la salle qu'il a lui-même remplie qu'il n'est pas dépourvu de tout lien avec son pays d'origine où résident ses parents et ses trois frères. Par ailleurs, si M. B a été scolarisé en France où il a obtenu son baccalauréat professionnel, il a ensuite poursuivi son cursus en BTS comptabilité - gestion sans toutefois parvenir à obtenir son diplôme. Il ressort des bulletins scolaires du requérant du premier semestre de sa deuxième année de BTS que ses professeurs lui reprochent son attitude en cours et notamment un manque de sérieux et d'investissement ainsi que des bavardages. Si ses résultats se sont légèrement améliorés au second semestre, il n'a toutefois pas obtenu la moyenne. Enfin, si le requérant fait valoir qu'il souhaite poursuivre les études qu'il a entamées en licence de langues étrangères appliquées, cursus dans lequel il s'est inscrit au titre des années 2022-2023 et 2023-2024, il n'établit pas être dans l'impossibilité d'obtenir d'un visa long séjour afin de formuler une demande de titre de séjour " étudiant " lui permettant de poursuivre ses études sur le territoire français. Dans ces conditions, et alors que M. B ne se prévaut d'aucun lien autre que familial qu'il aurait tissé sur le territoire français, en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de sa vie privée et familiale, le préfet du Val-d'Oise n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Les éléments exposés au point 6 du présent jugement, relatifs à la situation de M. B, ne sont pas de nature à faire regarder le préfet du Val-d'Oise comme ayant méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit dès lors être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. L'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour opposé à M. B n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de ce refus, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français opposée à M. B n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision fixant son pays de destination, ne peut qu'être écartée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 15 février 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 février 2024 n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte formulées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant, doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

Mme Fabas, conseillère,

Mme Debourg, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024

La rapporteure,

signé

L. FabasLa présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signéH. Mofid

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2403730