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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2403838

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403838

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLACHENAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoires enregistrés le 18 mars 2024 et le 14 mai 2024, M. B A, représentée par Me Lachenaud, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2024, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jours de retard ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, pendant cet examen, une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

la décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- a été prise sur une procédure irrégulière, dès lors que le préfet du Val-d'Oise n'a pas saisi, avant de statuer sur sa demande, la commission du titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui a produit l'ensemble des pièces relatives au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schneider, première conseillère ;

- les conclusions de M. Villette, rapporteur public ;

- et les observations de Me Parastatis, avocate, substituant Me Lachenaud.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais, a présenté au préfet du Val-d'Oise, le 4 décembre 2023, une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande et obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est, ainsi, suffisamment motivé.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de prendre la décision portant refus de titre de séjour, procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation personnelle de M. A.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1, par un étranger dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. D'une part, il résulte des dispositions citées au point 4 qu'il appartient à M. A d'établir sa présence en France depuis le 11 mars 2014, date de la décision attaquée. Or, il ressort des pièces du dossier que la présence habituelle en France de M. A n'est établie qu'à compter du 14 août 2014, dès lors que l'intéressé ne produit pour toute pièce antérieure à cette date qu'un courrier relatif à la remise d'un pass Navigo conclu le 22 février 2013, contredisant de surcroît ses propres déclarations selon lesquelles il serait entré en France le 31 mai 2013. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet du Val-d'Oise a statué sur la demande d'admission au séjour de M. A sans avoir préalablement consulté la commission prévue à l'article L. 432-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. D'autre part, si M. A soutient qu'il est entré en France le 31 mai 2013, qu'il y réside depuis cette date, et qu'il justifie d'une insertion professionnelle, il n'établit avoir travaillé qu'entre juin 2018 et mars 2019. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche de renseignements qu'il a signée le 4 décembre 2023, qu'il est célibataire, sans charge de famille en France alors qu'il dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet du Val-d'Oise quant à l'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la vie privée et familiale de M. A sera écarté par les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés ci-dessus.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A dirigées contre le refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 du présent jugement qu'en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et invoqué, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vue privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 8, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article précité doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 mars 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Gabez, première conseillère, et Mme Schneider, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

S. SCHNEIDER

Le président,

signé

K. KELFANILa greffière,

signé

L. GAIGNON

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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