Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403902

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 19 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler le titre de séjour "étudiant" de Mme B, ressortissante ukrainienne, et l'a obligée à quitter le territoire. Le tribunal juge que le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que la requérante ne justifiait pas d'une poursuite d'études sérieuse, au sens de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de sa progression et de son assiduité. En conséquence, il enjoint au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois et condamne l'État à lui verser 1 000 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 mars, le 11 avril et le 15 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Parastatis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, ou de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 13 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise a conclu au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bourragué a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante ukrainienne née le 15 septembre 1990, est entrée en France le 5 novembre 2015, et a été munie d'un titre de séjour étudiant valable du 8 décembre 2022 au 7 octobre 2023. Le 8 septembre 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante, sur le fondement des articles L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 février 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

3. Pour refuser à Mme B le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", le préfet du Val-d'Oise a relevé que l'intéressée ne pouvait être regardée, en l'absence de progression dans ses études, comme les poursuivant de façon sérieuse.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a obtenu une capacité en droit au titre de l'année 2019-2020, puis s'est inscrite en deuxième année de licence de droit en 2020-2021 et en 2021-2022 à l'université de Cergy-Pontoise. Elle s'est ensuite inscrite en licence de droit au sein de l'université Paris 8 en 2022-2023, puis, bénéficiant déjà d'un master 1 obtenu en Ukraine et reconnu au niveau européen, elle s'est inscrite en master 2 management-entreprenariat au sein de l'université Paris Cité pour l'année 2023-2024. Elle indique, sans être contredite, avoir suivi la licence de droit en 2022-2023 sans passer d'examen afin de reprendre un parcours cohérent au sein des universités françaises. Par ailleurs, Mme B produit de nombreuses attestations d'enseignants du master 2 qu'elle poursuivait à la date de la décision attaquée, certifiant de son assiduité en cours et de ses progrès. Dès lors, en estimant que la requérante ne justifiait pas d'une poursuite d'études sérieuse, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté

du 19 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant " et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 19 février 2024 du préfet du Val-d'Oise est annulé en toutes ses dispositions.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de Mme B, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

S. BourraguéLa présidente,

signé

C. BoriesLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°240390