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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2404209

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404209

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMALIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrés les

22 et 27 mars 2024, M. A B, représenté par Me Malik demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2024, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, durant ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 6 et 11 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juin 2024 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, conseillère ;

- et les observations de Me Malik, représentant M. B ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant pakistanais né le 5 juillet 1980, serait entré en France 23 août 2015, selon ses déclarations. Le 17 janvier 2023, il a sollicité auprès du préfet du Val-d'Oise, son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 11 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B établit résider de façon continue sur le territoire français depuis le mois de septembre 2015, soit depuis plus de huit ans à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, il produit ses bulletins de salaire pour les années 2021, 2022, 2023 et pour les mois de janvier et février 2024, le contrat de travail à durée indéterminée qu'il a signé avec la société Kamboh par laquelle il a été employé en qualité de " manœuvre " du 1er avril 2019 au 1er juin 2020, le contrat de travail à durée indéterminée qu'il a signé en septembre 2021 avec la société Group Parisien, pour laquelle il travaillait toujours à la date de l'arrêté attaqué, ainsi qu'un pack employeur comprenant une demande d'autorisation de travail, un extrait kbis et des attestations de fourniture des déclarations sociales et de paiement des cotisations et contributions délivrée par l'URSSAF. M. B, qui produit plus de 42 bulletins de paie, se prévaut d'une expérience professionnelle de plus de 3 ans et 9 mois et présente ainsi une insertion professionnelle en France. Par ailleurs, M. B établit, par les pièces qu'il produit, que son employeur a répondu à chacune des demandes de pièces complémentaires formulées par la plateforme de la main d'œuvre étrangère. Si le préfet s'appuie sur l'avis émis par la plateforme de la main d'œuvre étrangère aux termes duquel le formulaire CERFA produit n'avait pas été mis à jour, le préfet produit lui-même les feuillets 1 et 2 de ce formulaire CERFA daté du 12 mars 2023 et le requérant établit avoir renvoyé des éléments complémentaires à la sous-préfecture de Sarcelles en juin, en octobre et en décembre 2023. Compte tenu de tous ces éléments, de l'ancienneté de son séjour en France, établie à compter de 2015 et de la stabilité de sa situation professionnelle, M. B justifie de motifs exceptionnels de nature à établir qu'en lui refusant un titre de séjour en qualité de salarié, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation au regard des dispositions de l'article L.435-1 précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 11 mars 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

7. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juin 2024 du bureau d'aide juridictionnelle. Dès lors que le requérant ne justifie pas avoir exposé des frais autres que ceux pris en charge au titre de l'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme en application des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ses conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé à M. B la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

Mme Fabas, conseillère,

Mme Debourg, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

L. Fabas

La présidente,

signé

H. Le GrielLa greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

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