Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404212

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné la requête de M. B, ressortissant marocain, contestant le refus de renouvellement de son titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une assignation à résidence. Le tribunal a annulé ces arrêtés du préfet des Hauts-de-Seine, estimant que la menace pour l'ordre public invoquée, fondée sur une condamnation pour abus de faiblesse, n'était pas caractérisée en raison de l'ancienneté des faits et du respect des obligations judiciaires par le requérant. La solution retenue s'appuie sur l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les conditions n'étaient pas remplies.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les

22 et 25 mars, 7 et 12 juin 2024, M. A B, représenté par Me Lehmann demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de renouveler son titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant refus de renouvellement de son titre de séjour, obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- il est entaché d'erreurs de faits :

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation professionnelle, personnelle et familiale ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte atteinte à l'autorité de la chose jugée ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- cet arrêté porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ;

- les modalités de cette mesure d'assignation sont incompatibles avec l'exercice de son activité professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, conseillère ;

- et les observations de Me Lehmann, représentant M. B ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 11 septembre 1997, est entré régulièrement en France le 17 août 2015. Il a fait l'objet de deux arrêtés pris par le préfet des Hauts-de-Seine et portant obligation de quitter le territoire français les 1er février et 28 avril 2021, lesquels ont été annulés par des jugements du tribunal administratif de Cergy-Pontoise des 9 février 2021 et 17 mars 2022. Le 25 septembre 2023, M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Toutefois, par l'arrêté attaqué du 13 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de procéder au renouvellement du titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". "

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué du 13 février 2024 que, pour refuser à M. B le renouvellement de son titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine, se fondant sur les dispositions précitées de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a estimé que sa présence constitue une menace pour l'ordre public, celui-ci ayant été condamné, le 16 février 2023, par le tribunal correctionnel de Nanterre, à un an et six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire de deux ans pour abus frauduleux de l'ignorance ou de la faiblesse d'une personne vulnérable pour la conduire à un acte ou une abstention préjudiciable. Toutefois, d'une part, les faits qui lui sont reprochés sont relativement anciens dès lors qu'ils ont été commis du 1er août 2018 au 30 juin 2020 et sont donc antérieurs de plus de trois ans à l'arrêté attaqué. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport rédigé par la conseillère du service pénitentiaire d'insertion et de probation qui, s'il est postérieur à l'arrêté attaqué, relate des faits qui lui sont antérieurs, que M. B remplit toutes ses obligations générales et particulières notamment en ce qui concerne l'indemnisation de la partie civile, par versements mensuels, des dommages et intérêts qu'il lui doit. Ce rapport précise également que la mesure probatoire correspond à la situation du jeune qui s'est toujours présenté aux entretiens, qui jouit d'une situation sociale, familiale et professionnelle stable et qui se construit notamment par son travail en dépit des déconvenues administratives auxquelles il a fait face à son arrivée sur le territoire français lesquelles ont eu un impact sur sa construction matérielle et psychique. En outre, il ressort également des pièces du dossier que M. B, arrivé mineur sur le territoire français, y réside depuis plus de huit ans et, qu'après avoir suivi des cours d'alphabétisation et obtenu un certificat d'aptitude professionnelle, il travaille en contrat à durée indéterminée dans le secteur de la boulangerie-pâtisserie depuis le 9 mars 2020 et donne toute satisfaction à son employeur actuel. Enfin, le père de M. B, chez qui le requérant a vécu jusqu'au 6 mars 2023, réside sur le territoire français en situation régulière, celui-ci étant titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2027. Dans ces circonstances, en refusant de renouveler le titre de séjour de M. B, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale et celui-ci est fondé, pour ce motif, à en demander l'annulation.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 février 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour et, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et de l'arrêté l'assignant à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au renouvellement du titre de séjour de M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 13 février 2024 du préfet des Hauts-de-Seine sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au renouvellement du titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

Mme Fabas, conseillère,

Mme Debourg, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

L. Fabas

La présidente,

signé

H. Le GrielLa greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.