mardi 1 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404516 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | NEFFATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 mars 2024 et 8 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Neffati, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée lui a été irrégulièrement notifiée ;
- elle est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie par le préfet ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles 3 et 7 ter d) de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Makri, conseillère ;
- et les observations de Me Neffati, représentant M. A et les explications de ce dernier.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien, a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 septembre 2023 dont le requérant allègue n'avoir eu connaissance qu'au cours de l'instruction de la présente instance, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande, a obligé l'intéressé à quitter territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.
Sur le cadre du litige :
2. Si le silence gardé par l'administration fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait entaché sa décision d'un défaut de motivation en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois.
3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité le 8 mars 2023 une admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture du Val-d'Oise, qui a été rejetée implicitement, en vertu du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise pendant quatre mois, puis explicitement le 21 septembre 2023 par un arrêté dudit préfet. Il en résulte que les conclusions du requérant dirigées contre la décision implicite doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision explicite du 21 septembre 2023, qui s'y est substituée.
Sur la légalité de la décision attaquée :
4. En premier lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait fait l'objet d'une notification irrégulière doit être écarté comme inopérant, dès lors que les conditions de notification de cet arrêté sont sans incidence sur sa légalité.
5. En deuxième lieu, le refus de séjour attaqué, pris au visa notamment des articles L. 435-1 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 7 quater de l'accord franco-tunisien susvisé et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, détaille les circonstances, relatives à sa durée de présence et à sa situation familiale et professionnelle, sur lesquelles l'administration s'est fondée pour estimer que M. A ne pouvait bénéficier d'un titre de séjour. Ainsi, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, laquelle s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, doit être écarté. Par ailleurs, cette motivation témoigne de ce que le préfet du Val-d'Oise s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger "ne vivant pas en état de polygamie" dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
7. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui justifient par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour. En se bornant à produire des documents épars ne couvrant que très partiellement les années en cause, tels que des documents bancaires ou médicaux, M. A n'établit pas sa résidence habituelle en France pour les années 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2018 et 2019. Le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'un vice de procédure en ne consultant pas la commission du titre de séjour, au surplus inopérant pour l'admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié, ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, l'article 3 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 stipule que " les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié ". L'article 7 ter d) prévoit quant à lui que " reçoivent de plein droit un titre de séjour renouvelable valable un an et donnant droit à l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions fixées à l'article 7 : - les ressortissants tunisiens qui, à la date d'entrée en vigueur de l'accord signé à Tunis le 28 avril 2008, justifient par tous moyens résider habituellement en France depuis plus de dix ans, le séjour en qualité d'étudiant n'étant pas pris en compte dans la limite de cinq ans ; / - les ressortissants tunisiens qui justifient par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'ils ont atteint au plus l'âge de dix ans ".
9. Dès lors que le requérant n'établit ni même n'allègue être en possession d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes au moment de sa demande de titre de séjour, ce dernier ne peut prétendre remplir les conditions de l'article 3 de l'accord précité. De même, pour les raisons mentionnées au point 7 M. A n'apporte pas la preuve d'une résidence en France de plus de dix ans à la date d'entrée en vigueur de l'accord franco-tunisien signé le 28 avril 2008 et ne peut donc se prévaloir des stipulations de l'article 7 ter d) de l'accord précité.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et des libertés d'autrui ".
11. M. A, qui justifie seulement avoir occupé successivement plusieurs emplois en contrat à durée déterminée depuis 2020, n'établit pas une situation professionnelle suffisamment stable en France. En outre, si sa sœur réside en France, M. A ne démontre pas qu'il aurait noué des liens sociaux particulièrement significatifs au cours des années de présence dont il se prévaut, et, alors qu'il est célibataire, sans enfant, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses 19 ans et où résident ses parents et le reste de sa fratrie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être retenu.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
13. Dès lors que l'intérêt supérieur des enfants est de demeurer aux côtés de leurs parents et qu'il ressort des pièces du dossier que le neveu de M. A réside à Bordeaux avec ses parents, le requérant, qui n'établit pas que sa présence aux côtés de son neveu, avec lequel il ne vit d'ailleurs pas, serait indispensable, ne peut donc se prévaloir de l'intérêt supérieur de cet enfant pour obtenir un titre de séjour en France.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 21 septembre 2023 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val d'Oise.
Délibéré après l'audience du 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président,
Mme Foc, conseillère,
Mme Makri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.
La rapporteure,
signé
N. MAKRI
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au Préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026