Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404517

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404517
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant nigérian, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par le préfet du Val-d'Oise. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté suffisamment motivé et signé par une autorité compétente. Sur le fond, il a estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que les décisions ne méconnaissaient pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mars et le 8 mai 2024, M. A D B, représenté par Me Ozeki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, ou de réexaminer sa situation et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- le signataire ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est entachée d'insuffisance de motivation et d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis défavorable de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- le signataire ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant refus d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision a été prise sur le fondement d'une décision illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet du Val-d'Oise a produit un mémoire en défense le 13 juin 2024, par lequel il conclut au rejet de la requête.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bories ;

- et les observations de Me Ozeki, représentant M. B, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D B, ressortissant nigérian né le 28 avril 1970, déclare être entré en France le 1er janvier 2011. Le 27 juin 2023, il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C, adjointe au bureau des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. En tout état de cause, le préfet n'était pas tenu de faire état de l'intégralité de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, qu'il a prise en compte en mentionnant qu'il ne présentait aucune perspective d'emploi, qu'il était célibataire, sans charge de famille et non-dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise, qui a notamment examiné la possibilité d'admettre l'intéressé au séjour en raison de ses attaches privées et familiales en France, se serait estimé en situation de compétence liée ou aurait entaché son arrêté d'un défaut d'examen sérieux. Par suite, les moyens doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. M. B se prévaut de sa présence en France depuis 2011 et de son intégration sociale et professionnelle qui serait induite, selon lui, par cette durée de présence. Il produit, pour en justifier, des bulletins de salaire faisant état d'une activité professionnelle dans le secteur de la propreté entre janvier 2017 et septembre 2021, au cours de périodes discontinues et pour le compte de plusieurs employeurs. Toutefois, les pièces ainsi produites ne permettent pas de démontrer une insertion professionnelle intense et durable. Par ailleurs la durée de présence en France du requérant ne justifie pas, à elle seule, son admission exceptionnelle au séjour. Enfin, le requérant ne conteste pas les mentions de l'arrêté attaqué selon lesquelles il est célibataire, sans charge de famille, et non dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise a pu, sans méconnaître les dispositions précitées, rejeter la demande de titre de séjour en considérant que M. B ne justifiait pas de motifs exceptionnels justifiant une admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres décisions :

7. Il résulte de ce qui précède que la décision de refus de titre de séjour n'est entachée d'aucune illégalité, de sorte que le requérant n'est pas fondé à demander sur ce fondement l'annulation par voie de conséquence de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de renvoi.

8. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés au point 6.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La présidente-rapporteur,

signé

C. Bories

L'assesseur le plus ancien,

signé

S. BourraguéLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.