mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404579 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LENOUVEL ALVAREZ |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2402471 du 28 mars 2024, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête présentée le 26 février 2024 Mme A B.
Par cette requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 29 avril et 1er mai 2024 ; Mme B, représentée par Me Lenouvel-Alvarez, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 24 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui fixer un rendez-vous afin d'examiner sa situation administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 432-5, L. 425-6 et L. 425-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés les 11 et 30 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique le dossier de la requérante.
Vu :
- le jugement n° 2400347 du 14 février 2024 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;
- les observations de Me Lenouvel Alvarez, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et demande, en outre, que ses conclusions à fin d'injonction soient assorties d'une astreinte de 50 euros par jours de retard et qu'il soit fait injonction au préfet des Hauts-de-Seine de lui restituer son passeport et sa carte de résidente italienne ;
- les observations de Mme B ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante sénégalaise née le 7 janvier 1997, déclare être entrée régulièrement sur le territoire français le 2 septembre 2021 pour suivre son époux, qui détient la nationalité italienne et réside régulièrement en France. Par un arrêté du 8 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un jugement n° 2400347 du 14 février 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cet arrêté et enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de Mme B et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour. Par un arrêté du 24 février 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a de nouveau obligée à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est mariée à un ressortissant italien, avec lequel elle a eu trois enfants nés en 2016, 2020 et 2022, tous les trois de nationalité italienne, et qu'elle contribue à leur entretien matériel et à leur éducation depuis leur naissance. Il ressort également de ces pièces que Mme B a engagé une procédure de divorce en raison d'une situation de conflit et de violences conjugales qui l'oppose en France à son époux. Dans ces conditions, alors que Mme B se trouvait, à la date de la décision attaquée, dans l'attente d'une décision du juge aux affaires familiales, dans le cadre de la procédure de divorce qu'elle a engagée, notamment quant à la définition du régime de garde de ses trois enfants vis-à-vis de son conjoint qui réside régulièrement en France, l'éloignement du territoire de Mme B aurait pour effet de séparer l'intéressée de ses enfants, âgés, respectivement de 8, 4 et 2 ans. La décision du préfet méconnaît, par conséquent, l'intérêt supérieur des trois enfants de la requérante et porte à cette dernière une atteinte illégale au droit au respect à sa vie privée et familiale en France.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doivent être accueillies. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an doivent être également accueillies.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte:
6. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance (), et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions en tenant compte de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. () ".
8. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français faite à Mme B implique, en application des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit mis fin à toute mesure de surveillance dont elle est l'objet, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, qu'elle soit munie d'une autorisation provisoire de séjour.
9. Par ailleurs et eu égard à la situation de l'intéressée et à son droit de faire valoir sa défense dans la procédure de divorce qu'elle a engagée devant un juge français, il appartient au préfet d'admettre l'intéressée provisoirement au séjour en France au moins jusqu'à ce que le juge aux affaires familiales se soit prononcé sur sa demande de divorce et défini les modalités de la garde de ses trois enfants mineurs vis-à-vis de son époux qui réside régulièrement en France.
10. Il appartient enfin au préfet des Hauts-de Seine de restituer à Mme B ses documents de séjour et d'identité italien et de voyage dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
11. Ainsi, eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de munir Mme B d'une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de six mois, le cas échéant renouvelable jusqu'au prononcé de son divorce, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais du litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Dès lors, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lenouvel-Alvarez, avocate de Mme B, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 24 février 2024, obligeant Mme B à quitter le territoire français sans lui accorder un délai de départ volontaire, fixant son pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, est annulé.
Article 2 :Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout autre préfet compétent, de réexaminer la situation personnelle de Mme B, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout autre préfet compétent, de délivrer à Mme B, dans l'attente du réexamen de sa situation à l'issue du prononcé de son divorce, une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 4 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de restituer à Mme B ses documents de séjour et d'identité italien et de voyage dans le délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 5 L'Etat versera, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 000 euros à Me Lenouvel-Alvarez, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Lenouvel-Alvarez, et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F. Beaufaÿs La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24045792
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026