Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404601
jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404601 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ANTES AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mars et 1er octobre 2024, le ministre des armées demande au juge des référés d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative en vue de déterminer l'origine et les causes des désordres qui affectent les travaux de réfection des toitures terrasses du monobloc M20 de l'hôpital d'instruction des armées (HIA) de Percy, 1 rue lieutenant A B à Clamart (92140).
Il soutient que :
- dans le cadre d'une opération de travaux de réfection des toitures terrasses du monobloc M20 de l'hôpital d'instruction des armées (HIA) de Percy décidée en 2019 et dont la maitrise d'œuvre a été confiée à la société IPH Ingénierie, le contrôle technique à la société Alpha Contrôle et le lot n°2 relatif à l'étanchéité à la société Etandex, des désordres relatifs à des infiltrations et des défauts d'étanchéité ont été signalés avant réception des travaux de la tranche ferme et de la tranche conditionnelle sous réserves avec effet au 1er juillet 2021 ;
- malgré les demandes en intervention auprès de la société Etandex au titre de la garantie décennale et de parfait achèvement, les désordres n'ont pas été repris ;
- la mesure d'expertise est utile, dès lors qu'elle s'inscrit dans la perspective d'une action en responsabilité contre la société Etandex et doit permettre de déterminer avec exactitude les causes et origines des désordres, les responsabilités, l'estimation des coûts et des préjudices ;
- de nouvelles fuites ont été constatées et des travaux de reprise ayant une vocation provisoire sont en cours afin d'assurer la continuité du service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, la société Axa France Iard, assureur de la société Sas Alpha Contrôle, contrôleur technique, représentée par Me Roger, ne s'oppose pas à la demande d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut :
1°) à ce que la mission de l'expert soit restreinte ;
2°) à la mise en cause de la société SMA, nouvel assureur de la société Sas Alpha Contrôle ;
3°) à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge du ministre des armées ;
4°) à ce que les dépens soient réservés.
Elle fait valoir que :
- la mission d'expertise doit être limitée aux seuls désordres dénoncés par le ministre des armées et il n'appartient pas à l'expert de décrire et chiffrer les préjudices ;
- le contrat d'assurance avec la société Alpha Contrôle a été résilié à compter du 1er janvier 2023 et cette société est désormais assurée auprès de la société SMA.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, la compagnie Allianz Iard, représentée par Me Moussafir, ne s'oppose pas à la demande d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut à ce que les dépens soient réservés.
Elle fait valoir qu'elle s'interroge sur les relations entre le ministre des armées et l'établissement du service d'infrastructures de la défense Ile-de-France et formule les protestations et réserves d'usage sur la recevabilité et le bien-fondé de la mesure d'expertise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, la société Etandex, représentée par Me Dubelloy, ne s'oppose pas à la demande d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut à ce que la mission de l'expert soit complétée par l'examen des comptes entre les parties.
Elle fait valoir que la mission d'expertise doit également porter sur l'examen des comptes entre les parties qui ne sont pas soldés et les sommes lui restant dues.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, la société SMABTP et la société SMA, assureurs de la société IPH Ingénierie, représentées par Me Brosset, ne s'opposent pas à la demande d'expertise, formulent les protestations et réserves d'usage et concluent :
1°) à ce que l'intervention volontaire de la société SMA soit admise ;
2°) à l'absence d'intérêt à agir du ministre des armées contre la société SMABTP ;
3°) à ce que la mission de l'expert soit restreinte ;
4°) à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge du ministre des armées ;
5°) à ce que les dépens soient réservés.
Elles font valoir que la mission de l'expert doit porter sur des désordres précisément déterminés.
La requête a été communiquée à la société IPH Ingénierie et à la société Alpha Contrôle qui n'ont pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Grenier, première vice-présidente du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission (). ".
2. L'expertise demandée par le ministre des armées, qui vise à déterminer l'étendue et l'origine des dommages affectant l'étanchéité des toitures terrasses du monobloc M20 de l'hôpital d'instruction des armées (HIA) de Percy, présente un caractère utile, et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande du ministre des armées et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les réserves exprimées :
3. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur l'extension des opérations d'expertise à la société SMA :
4. Il résulte de l'instruction que la société SMA est l'assureur de la société IPH Ingénierie, maître d'œuvre, et de la société Alpha contrôle, contrôleur technique, à compter du 1er janvier 2023. Il convient, par suite, de l'associer aux opérations d'expertise.
Sur la demande de la société SMABTP tendant à être mise hors de cause :
5. Il résulte de l'instruction que la société SMABTP était l'assureur de la société IPH Ingénierie, maître d'œuvre, au moment des opérations de réfection faisant l'objet de la présente demande d'expertise. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande tendant à être mise hors de cause des opérations d'expertise.
Sur les conclusions tendant à ce que l'expert examine les comptes entre les parties :
6. Le juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, ne peut confier pour mission à l'expert de procéder à l'apurement des comptes entre les parties, dès lors qu'une telle mission impliquerait de sa part une appréciation sur l'étendue des droits des parties qu'il n'appartient qu'au juge de porter. L'expert pourra, en revanche, sans arrêter lui-même les comptes, fournir un avis technique, à partir des éléments de fait constatés par ses soins. Sous cette réserve, il convient donc de faire droit à la demande de la société Etandex.
Sur les dépens :
7. Aux termes de l'article R. 761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction (). ".
8. Il ressort de ces dispositions que, dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au seul président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés de se prononcer sur la mise à la charge des frais d'expertise ou de réserver les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C D, exerçant 5 rue du Château d'eau à Bosnières-sur-seine (78270), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
- se rendre sur les lieux, à l'hôpital d'instruction des armées (HIA) de Percy, 1 rue Lieutenant A B à Clamart (92140) ;
- procéder aux constatations et relevé précis et détaillé des désordres en se faisant communiquer ou en recherchant tous éléments qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;
- donner un avis sur les causes et origines des désordres ;
- préciser si les désordres constatés étaient apparents au moment de la réception ;
- préciser s'ils sont apparus dans le délai de la garantie de parfait achèvement postérieurement à celui-ci ;
- préciser si les désordres sont de nature à rendre l'équipement en question impropre à sa destination ou à compromettre sa solidité et sa viabilité ;
- préciser si les désordres ont un caractère évolutif ;
- indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle et permettre la réalisation des ouvrages conformément à ce qu'ils auraient dû être, en assurant la solidité des ouvrages et un usage propre à leur destination et en précisant s'il en résulte une plus-value ;
- en cas de désordres évolutifs, indiquer les conditions de prévention et décrire les travaux à réaliser, leurs coûts et leurs délais ;
- en cas d'urgence, préciser les travaux indispensables et leur délai de réalisation ;
- déterminer l'ampleur et l'étendue des préjudices annexes ;
- décrire et chiffrer les préjudices passés et à venir subis par le ministre des armées ;
- fournir un avis technique au sujet des comptes entre les parties, à partir des éléments de fait constatés ;
- d'engager, le cas échéant, une médiation entre les parties en vue de la conclusion éventuelle d'une transaction ;
- d'une façon générale, recueillir tous éléments techniques et de fait et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis en cas de saisine au fond de la juridiction.
Article 2 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence du ministre des armées, de la société Etandex, de la société compagnie Allianz Iard, de la société IPH Ingénierie, de la société SMABTP, de la société Alpha Contrôle, de la société Axa France Iard et de la société SMA.
Article 3 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 du code de justice administrative, dans les meilleurs délais. Des copies du rapport seront notifiées aux parties intéressées par l'expert et, avec leur accord, par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.
Article 5 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des partie(s) désignée(s) dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre des armées, à la société Etandex, à la compagnie Allianz Iard, à la société Sa IPH Ingénierie, à la société SMABTP, à la Sas Alpha Contrôle, à la société Axa France Iard, à la société Sa SMA et M. C D, expert.
Fait à Cergy-Pontoise, le 10 octobre 2024.
La juge des référés,
Signé
C. Grenier
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.